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Incroyable mais vrai!
J'aurais préféré titrer "Incroyable et
faux" mais il faut croire qu'en trente ans de carrière en
milieu scolaire, je n'avais pas encore tout vu!
En mai dernier, j'ai appris par le plus grand des hasards un fait
à faire dresser les cheveux sur la tête de ceux
qui en ont… des cheveux… et une tête
aussi.
Il existe au niveau secondaire, dans le cadre du programme de
français, l'objectif de faire découvrir la
littérature et de donner le goût de lire.
Merveilleux! Mais là où cela se gâte,
c'est au "niveau du vécu"!!!
En effet, le critère de sélection
imposé aux jeunes, c'est… je n'ose
l'écrire… mais je me dois de le
révéler… c'est le nombre de pages du
livre librement choisi1 Quelle merveilleuse liberté! Mais
quel critère idiot!!! Et j'irais plus loin, en
précisant le nombre de pages imposés à
ces jeunes… entre 150 et 159 pages!!! Comme quoi l'idiotie
n'a peur de rien.
Comment peut-on en arriver à ce critère
débilitant? Je me le demande encore. 150 pages de quel
format? On ne semble pas y avoir songé. Imprimé
avec quel type et grosseur de caractères? Ce n'est pas
prévu, mais 150 à 159 pages, c'est rassurant,
uniformisant…Un livre de 152 pages de format 17,5x15,5 cm et
un de 22,5 x 14,5 entraînent la même
bénédiction du grand maître de lecture.
Je n'irai pas plus loin en ce qui concerne le type de
caractères, à vous de voir. .. Ceux qui n'aiment
pas lire… iront probablement vers le petit
format… Pourquoi pas? Et là encore , j'oublie la
largeur des marges! Plus ou moins larges, on ne le mentionne pas encore.
Quel critère que le nombre de pages!
Que de préoccupations quand on veut l'appliquer
honnêtement!
Que d'oublis chers enseignants dans votre critère
matériel de choix de lecture.
Il faudrait peut-être resserrer encore un peu plus? Je me
demande d'où cela origine-t-il? Du ministère de
l'Éducation? Je n'ose le croire, n'y même le
penser. Prêter de telles intentions à ces grands
pédagogues qui se penchent quotidiennement sur la
bonification de la qualité de l'enseignement
prodigué aux jeunes, serait bien mal les percevoir!
Suite à cette fantastique découverte, j'ai
questionné un peu ici et là. Dans le milieu on me
confirme la situation. Même les libraires des secteurs
jeunesse y goûtent quand un "pauvre parent" vient demander :
" Pouvez-vous me trouver un roman de 150 pages pour mon adolescent de
première secondaire? ".
L'Île de Montréal vit à ce rythme, la
Rive Nord aussi… je vous laisse le soin d'enquêter
au-delà. Il faut préciser que ce
critère limitatif augmente d'une centaine de pages par
niveau au secondaire. Est-ce sur le modèle du prix des
chambres d'hôtel ou de celui des étages des
immeubles? On peut se le demander. Le dégoût m'a
freiné là. Mais ma réflexion s'est
poursuivie.
Gérant un site de sélection de titres s'adressant
aux jeunes et aux enseignants du secondaire, j'ai poussé
d'un autre côté mes vérifications. J'ai
choisi un éditeur dont le groupe Vivrélire lit
régulièrement les nouveautés pour
savoir combien de titres sélectionnés
répondaient à ce fantastique et honorable
critère. Sur 69 recommandés pour les 13 / 14 ans,
il y en a 10! Encourageant n'est-ce pas? Vous m'objecterez que les
adolescents peuvent les lire librement. Oui, c'est bien vrai. Mais
qu'en est-il de l'objectif de faire découvrir la
littérature et le goût de lire, si un
critère aussi restrictif écarte autant de bons
titres. Un livre peu intéressant et mal écrit de
152 pages vaut-il plus qu'un captivant et bien écrit de 148
ou 165 pages? Chers auteurs jeunesse insistez auprès de vos
éditeurs pour entrer dans ce merveilleux critères
du nombre de pages.
J'ose espérer que des adolescents me lisent et je leur dis :
" Choisissez ce que vous voulez, demander des suggestions à
ceux qui lisent et inventez le nombre de pages! " Aux enseignants de
vérifier. Un tel critère mérite la
peine qu'il peut entraîner.
Vivrélire et son groupe de lecteurs poursuivront leur
sélection de titres et ne soyez pas surpris d'y voir
à l'occasion une note disant : "Vive la lecture libre!"
En guise de conclusion, je me contente de signaler ici un titre ne
correspondant aucunement à ce terrible critère
mais qui en vaut plus d'un de 150 à 159 pages et qui de
surcroît ne s'adresse même pas aux jeunes de
première secondaire. Anna Pourquoi .; 109 pages. Un livre
exceptionnel. Est-ce que les adultes qui liront avec plaisir ce titre
sont plus bornés que les jeunes à qui l'on
restreint le choix par le sublime critère du nombres de
pages?
Une passionnée de la lecture dont les
critères sont l'originalité du contenu, la
qualité de l'écriture et
l'authenticité de ses personnages.
Rachel Boisvert,
Vivrélire
Août 2005
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