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Un propos d’horreur a frôlé mon esprit…

Il y a quelques jours, un propos d’horreur a frôlé mon esprit; il s’agissait d un groupe sélect reconnu pour ses coups fumants qui faisait encore des siennes.

De ceux qui tiennent si bien les cordons de la bourse en clamant haut et fort qu’il n’y a pas d’argent prévu disponible pour garnir les rayons de bibliothèques des écoles. Être les gardiens des écus publics, quel beau rôle! De plus, il pourrait devenir encore plus beau quand après avoir bien exercé cette vigie, on pouvait se permettre de délier ces mêmes cordons en jetant ces écus par les portes sous guise de cadeaux.

Un beau projet… plus de 20.00$ par élèves à l’ordre du secondaire pour donner à chacun un livre à lire durant les vacances. Un projet non structuré de plus, il faut faire vite avant que la manne ne fonde au soleil! Pas le temps de faire un choix très éclairé, pas le temps de prévoir qui, quoi, quand… l’important c’est de s’exécuter à l’autre bout de cette chaîne aux maillons disparates.

Une esquisse de structure pourrait tout de même exister. Les élèves en fin de parcours tant au primaire qu’au secondaire seraient «dispensés» d’un tel cadeau car ces les livres devraient revenir à la bibliothèque en septembre, bien malin ceux qui auraient rapidement conçu un tel projet, on pare la critique! Aurait-on pensé à quelques problèmes liés à ce projet «la lecture, allô»! Les bibliothèques des écoles maquent de choix de titres et des exemplaires multiples seront le lot de certaines à l’automne. Ce serait ignorer un peu beaucoup en matière de lecture …tous n’ont pas les mêmes intérêts, les mêmes capacités, les mêmes goûts et c’est l’un des rôles de la bibliothèque de répondre à cette réalité.

Qu’en serait-il du récipiendaire de ce cadeau? Il aime lire: il a déjà lu le titre qu’il reçoit, il déteste ce genre de livre, il fréquente sa bibliothèque municipale, il veut faire une pause lecture en faveur de l’exercice physique…; il n’aime pas lire: quelle corvée de devoir transporter ce livre alors que les vacances arrivent, la lecture c’est une affaire d’école et ça ne laisse même plus la paix en vacances, même quand il pleut, j’ai autre chose à faire que de lire, y a-t-il un piège sous ce cadeau? Qu’en serait-il des «dispensés» de ce projet? Il est vrai que faire un pont estival entre le primaire et le secondaire pourrait s’avérer ardu, mais sûrement pas inutile. Pourquoi les «finissants» du secondaire seraient-ils privés de ce cadeau, ils étaient du nombre dans le calcul des revenus pour l’année scolaire qui se termine? Ils ont été privés de ressources en bibliothèque au cours de leur cursus et on les écarte de cette manne!

Je cauchemardais sûrement! Comment pourrais-je penser un tel projet quand on quête des livres dans le public pour garnir les rayons des bibliothèques scolaires? Je délire sûrement! Mille excuses aux détenteurs des cordons de la bourse, guilde sans peur et sans reproche, d’avoir osé leur prêter de telles intentions!

Il aurait été tellement plus simple, et sûrement pas moins efficace, de penser à équiper tous les élèves de dictionnaires de langue française pour les accompagner et les aider dans leur apprentissage de la langue, apprentissage utile pour savourer une lecture. Je tâcherai de remplacer mes cauchemars par des rêves à l’avenir… Il y en a encore tant à faire en ce domaine «de tous les possibles» qu’est la lecture.


Rachel Boisvert,
Vivrélire
mai 2006

©Vivrélire, 2006
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