Les mots des autres

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Les mots des autres
pour une autre vision de la vie...

 

Geai - Christian Bobin

 On ne peut pas être heureux...- Françoise Giroud

La bague préférée de Mélanie - Émilie

Les lits à une place  - Françoise Dorin

Le trésor de notre vie - Sophie et Jimmy

Arthur ou le bonheur de vivre - Françoise Giroud

Mayming - Marie-Claire Séguin

S'aider soi-même - Lucien Auger

La Vie - nonise

À des milles et des milles - Catherine

La touche étoile - Benoîte Groult Une branche à la fenêtre - Gilles Vigneault
Souvenir d'un vieillard - La Bonne Chanson

Les mots de Lucie

Y a-t-il une vie avant la mort ? R. Villemure Bonsoir tante - Michel L.
La petite fille de Monsieur Linh-P. Claudel  

                                                                                   

Geai
Christian Bobin

..."Chaque matin, j’ouvre les yeux et je me découvre milliardaire : la vie est là,   discrète, bruyante, colorée, petite, immense.  Le chaos, les siècles et les étoiles ont bâti cette merveille pour moi, pas que pour moi bien sûr, mais est-ce ma faute si je sais reconnaître un cadeau, si je ne fais pas grise mine devant ce trésor, est-ce ma faute si je n’ai pas le goût de faire le tri et si tout me vient comme une chance ? …voir, entendre, aimer.  La vie est un cadeau dont je défais les ficelles chaque matin au réveil.  La vie est un trésor dont je découvre le plus beau chaque soir avant de fermer les paupières."

Extrait de Geai de Christian Bobin - Éditeur Gallimard

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On ne peut pas être heureux tout le temps
Françoise Giroud

...On ne peut pas être heureux tout le temps.  On peut seulement décrocher sa part de soleil et ne pas oublier de la savourer.

Il y en a pour tout le monde, mais plus ou moins.  Quand on est jeune, souvent on se dit : « Qui suis-je et pour quoi faire ? »  On découvre l’inégalité fondamentale entre les humains, inégalité d’abord de la case sociale où la naissance vous inscrit, inégalité des dispositions naturelles, et quelquefois on est révolté, ou encore abattu...  ...Et puis, on commence à se construire, à trouver un sens à sa vie au lieu de la subir, on a des objectifs, des succès, des chagrins, des bosses et des creux, parce que c’est dur de vivre, mais c’est toujours moins dur quand on a l’impression de se gouverner plutôt que d’être l’objet des autres.

C’est l’une des rares certitudes que m’a apportée l’expérience d’une vie : il faut croire, certes, croire en soi.

Extrait de On ne peut pas être heureux tout le temps de Françoise Giroud
 
Éditeur Fayard

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La bague préférée de Mélanie
   
 Émilie 7 ans 2e année 

Il était une fois deux personnes qui étaient dans une maison.  La maman s’appelait Léonie et le papa s’appelait Mickaël.  La mère était serviable et le père était fabricant.  Ils avaient une petite fille nommée Mélanie.  Un jour Mélanie s’est fait voler une bague.  Le lendemain, Mélanie s’aperçoit qu’elle n’avait plus sa bague.  Elle va voir sa maman en pleurant.  La maman dit :  « Qu’est-ce qu’il y a ?»  « Ma bague a disparu » dit Mélanie.  La maman court pour appeler la police.  Le directeur de police répond.  Il dit « Allo ».  « Bonjour, ma fille s’est fait voler une bague».  « On vous envoie un détective ».  Le  détective arrive et demande ce qu’il y a.  La maman dit :  « Ma fille s’est fait voler sa bague préférée ».  « Je vais aller tout de suite trouver qui a volé la bague, madame. » « Oups! J’ai oublié mon nom.  Mon nom est Charlie ».  Charlie retourne à la maison de Mélanie, Mickaël et Léonie.  Il frappe à la porte.  La maman répond.  Elle dit : « Puis, est-ce que vous avez trouvé le voleur ou la voleuse ? » « Oui ».  « C’est qui ? » dit la maman. « Il y en a deux », dit Charlie.  « Qui ? »  « Marianne et Carianne », dit Charlie.  « Mettez-les en prison » dit la maman.  « Maintenant, redonnez-moi la bague » dit la maman.  La maman va donner sa bague à Mélanie.  Et tout le monde est ravi.  Et tout le monde crie « Hourra » !

Fin !

Je t’aime Émilie ! marilau...

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 Les lits à une place
Françoise Dorin

...Il ne faut jamais employer ces mots-là : remède contre la solitude, guérir de la solitude, sauver de la solitude parce qu’ils sous-entendent que la solitude est une maladie, un mal redoutable, parce qu’ils la réduisent à cela, parce qu’ils vous enfoncent dans le crâne qu’il faut à tout prix s’en débarrasser. 

...Si je vivais avec quelqu’un , je chercherais à plaire à ce quelqu’un ; je vis avec moi-même, il est donc logique que je cherche à me plaire.  Comment voulez-vous que je me supporte vingt-quatre heures sur vingt-quatre heures en me méprisant, en me détestant, en me désapprouvant ? Je tiens à faire bon ménage avec moi.  C’est plus qu’un souhait, c’est une obligation.  Je ne peux pas m’intenter une instance en divorce.

...I ...Il va falloir apprendre à vivre avec…ou plutôt à vivre sans…Il va falloir à la fois espérer et ne plus attendre.  Ça sera long.  Il va falloir meubler les heures, gagner des minutes d’oubli, chercher un nouvel équilibre.

   Extraits de Les lits à une place de Françoise Dorin - Éditeur J'ai lu

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 Le trésor de notre vie
Sophie et Jimmy

Nous nous sommes réunis

Parents et amis...

Nous nous sommes unis
Qui l'aurait dit?…

Nous n'avons qu'une vie

Alors, ça suffit...

Nous avons donc choisi

Une petite fille d'Asie...

Là-bas, ils délaissent leurs chéries

Sûrement avec dépit...

Nous t'imaginons depuis

Laissée seule sous la pluie...

Nous irons dans ton pays

Pour te ramener ici...

Nos coeurs sont remplis depuis

De l'attente de voir ton minois joli...

Nous serons ébahis

Par tes petits yeux qui rient...

Nous dirons xié-xié à ta Nanny

Après tout, c'est elle qui t'a nourrie...

Nous te chuchoterons oui, oui

Afin que tu oublies...

Nous nous attendons à une petite bouderie

Qui passera une fois rassurée et blottie...

Nous te promettons notre appui

Pour qu'en tout temps notre petite perle reluit...

Notre don d'amour sera gratuit

Avec comme unique but de te voir épanouie...

Nous te disons déjà merci

Toi, le trésor de notre vie...

 

maman Sophie et papa Jimmy

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Arthur ou le bonheur de vivre
Françoise Giroud

...Le Jugement dernier ?  Je n’y crois pas.  Si j’y croyais, j’aurais quelques raisons de le redouter, mais je n’y crois pas plus qu’à la résurrection des corps, et je ne me soucie pas, en conséquence, d’employer mes dernières années à faire mon salut.  Je crois aux forces de l’esprit en face de la matière, mais dans un corps vivant, non dans quelque éther. 

...L’unicité de chaque être humain, voilà le mystère qui me fascine, et la variété des destins.  Et ce sentiment vertigineux d’être un point minuscule dans la tapisserie du monde, dans sa splendeur comme dans sa tragédie.  Un tout petit point. 

...La mort me blesse quand elle emporte ceux que j’aime, mais elle ne m’est scandale que lorsqu’elle frappe des êtres jeunes, pas ceux qui, comme moi, sont usés.  J’espère seulement qu’elle me prendra proprement.  Pas d’hôpital, pas de perfusions interminables, pas de souffrances bestiales.  Je compte sur ceux qui m’aiment pour que cela me soit épargné. 

L’ennui est qu’avant de s’éteindre, il faut vieillir, et c’est là une série de petites morts qu’il faut subir.  Perdre ses moyens, c’est mourir un peu, et c’est révoltant.  Voir un visage se faner, un corps se déformer, des mains se couvrir de taches, c’est dégoûtant.  Perdre ses forces, son souffle, c’est mourir un peu, et c’est épuisant.  Renoncer enfin à sa capacité de séduction, devenir transparente aux yeux des hommes, c’est mourir à toute une part de soi-même, et c’est dur à vivre quand on a pris de mauvaises habitudes. 

Mourir à ce désir, certes, ce n’est pas gai.  Que cela soit dans l’ordre des choses, nullement consolant.  L’ordre des choses est à bien des égards détestable.  Mais, si porté que l’on soit à se révolter contre lui, mieux vaut ne pas dilapider, en vieillissant, ce que l’on a conservé de forces : foin des jérémiades ! 

La sagesse des nations prétend que chaque âge a ses plaisirs.  Foutaise ! Je n’ai jamais vu que la vieillesse ait les siens.  Mais il est vrai qu’on peut vieillir et conserver le bonheur de vivre, à condition d’être en bonne santé.  Le tout est de continuer à s’intéresser.  S’intéresser aux personnes, s’intéresser aux choses, s’intéresser au mouvement de la vie.  C’est une disposition de l’esprit invulnérable à l’âge, à condition qu’on l’entretienne au lieu de renoncer.  Renoncer : jamais !  Vieillir, c’est se désintéresser, devenir indifférent.  Ce malheur-là m’est épargné.  Mais j’y prends garde, pour rester bien éveillée, à l’écoute des autres et de la rumeur du monde.

Extraits de Arthur ou le bonheur de vivre de Françoise Giroud - Éditeur Fayard

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 Mayming 
Marie-Claire Séguin

Vingtième siècle, 1996.  Reportage à la télévision sur les orphelinats chinois.
Mayming est le nom d’une petite fille qui signifie personne

 On m’appelle Personne
Et je crois que j’ai faim

Fille de rien pour ce monde
Une fleur sans lendemain 

On m’appelle Personne
Et je crois que j’ai froid

Triste et courte saison
Sur cette terre d’abandon

    On m’appelle Personne
    On ne me touche pas

Aucun désir, que le désert
Autour de moi 

On m’appelle Personne
J’ai deux grands yeux ouverts

      Sans mémoire sans histoire
         Un trou noir dans l’univers 

On m’appelle Personne
On attend que je meure

Fille non-réclamée
De l’humanité… 

Paroles et musique : Marie-Claire Séguin
Chanson que l’on retrouve sur un CD intitulé
et Butterfly
 
sur étiquette Les Disques Tempête Inc.

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S'aider soi-même
Lucien Auger

Je suis intimement convaincu qu’un être humain, du moins dans sa condition présente, ne saurait être parfaitement heureux (non plus que parfaitement malheureux).  La perfection n’étant possible dans aucun domaine.  Si ce livre pouvait permettre à ses lecteurs de découvrir la manière dont ils se rendent eux-mêmes malheureux et leur apprendre à se rendre eux-mêmes moins malheureux, je considérerais mes objectifs comme largement atteints. 

…la méthode que je propose au lecteur pour diminuer ou même faire disparaître ses troubles émotifs, demande de sa part un travail acharné, rigoureux, prolongé et tenace. 

…La plupart des méthodes qui promettent des résultats rapides et durables sans faire appel à l’énergie profonde de l’être humain ne réussissent qu’à le faire se sentir mieux pendant quelque temps, sans pour autant lui fournir les moyens d’être mieux. 

…si je veux changer mes émotions, me débarrasser, par exemple, des émotions désagréables comme la tristesse, les sentiments dépressifs, la colère, il vaudra mieux que je m’attache à changer les pensées qui les causent plutôt que de tenter de réprimer ou de contrôler mes émotions elles-mêmes. 

…comme la source des émotions ne se trouve pas dans les événements ou les personnes extérieures, mais bien dans les idées que nous nous exprimons à nous-mêmes à propos de ces événements et de ces personnes, c’est à ces idées, formulées dans notre langage intérieur, qu’il conviendra de s’attaquer pour arriver à contrôler efficacement les émotions désagréables.

…Ainsi, si nous ne pouvons espérer raisonnablement être jamais parfaitement heureux, nous pouvons du moins aspirer à l’être le plus possible, ou, si l’on veut, à être le moins malheureux possible.  C’est là le but de ce volume : maximiser les émotions positives appropriées et minimiser les émotions négatives inappropriées. 

Extraits de S’aider soi-même - Une psychothérapie par la raison de Lucien Auger
Les éditions de l’Homme

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La  Vie
nonise

La vie n’est qu’un recommencement perpétuel.  Je ne suis pas la première à le dire et je ne serai pas la dernière.  Sauf que je fais le faire avec mes mots, mon vécu et mon cœur.

 

La petite enfance est la partie dont on se souvient le moins même si ces années sont les plus tendres et les plus riches en caresses. Ce sont des années d’amour total.  Celles où l’on éblouit notre entourage lorsque l’on fait nos premiers pas et que nos premiers balbutiements rendent les adultes gagas.   Nous sommes irrésistibles.    ON  APPREND  À  SURVIVRE !! 

 

La première douleur survient à 6 ans.  La première journée d’école.  C’était une journée pluvieuse et je ne pouvais concevoir que ma mère me laisserait seule avec ces religieuses qui m’épouvantaient.  Je me revois dans le haut de l’escalier, la tête tournée vers le bas en espérant que ma mère changerait d’idée.  MAIS ON SURVIT !! 

 

De mes années scolaires, je me souviens de nos nombreux déménagements où je devais en plein milieu de l’année changer de ville et d’école  J’ai vécu ainsi 5 changements…  Laisser tes amis, ton milieu et tes repaires pour te retrouver dans un ailleurs que tu ne connais pas…  Fallait être armée pour entrer dans une nouvelle classe de 25 à 30 personnes un lundi matin !   MAIS ON SURVIT !! 

 

Durant ces années scolaires et d’insouciance, décès de mon père.  Je commence alors à réaliser que tout n’est pas acquis.  Les personnes les plus proches de nous peuvent partir sans avertissement en laissant un grand vide.  Vivre la douleur de ma mère qui perd son amour créera pour moi un lien avec elle qui durera toute la vie.   MAIS ON  SURVIT  !! 

 

Ensuite il y a la jeunesse, les premiers pas dans un monde d’adultes, le premier emploi, le premier chèque de paie.  On vit pleinement nos jeunes années et on pense être en contrôle total de sa vie.   Les amitiés que l’on crée en se jurant que c'est pour la vie.  Les sorties de gang, les flirts, les amours que l’on croit éternels.  Les déchirements et les pleurs lorsque l’on réalise que ces amours ne peuvent aller au bout de leurs promesses.  Et finalement arrive le grand amour, le mariage, les enfants, la vie rêvée quoi ! On ne peut demander mieux.   Quelques années plus tard, le divorce, dévastation, tout s’écroule.   MAIS  ON  SURVIT  !! 

 

Commencent alors les années d’apprentissage de la solitude.  Il y a la douleur aux tripes qui vous envahit et ne vous quitte plus en faisant un travail de démolition totale. Un déménagement, un nouveau travail, une nouvelle façon de vivre que l’on n’a jamais expérimentée.  Vivre pour soi ! Que de belles paroles quand votre cœur et votre raison ne sont  pas prêts  à les entendre.  Les enfants qui quittent le foyer familial que vous avec recréé. La mort d’une bru adorée ainsi que celle de ma mère.   MAIS  ON  SURVIT  !! 

 

Et finalement une paix intérieure s’installe.  Est-ce que la sagesse est venue avec l’âge ?  Ce que je peux affirmer cependant, c’est que tout ce qui nous arrive de désastreux dans nos vies, on peut s’en sortir grandi si on se donne le temps et que l’on va au bout de nos peines.  ON  SURVIT  !!

 

Vivre pleinement les bonheurs quand le cœur est tellement plein d’amour et de joie que l’on a l’impression que tout va éclater.  Dans ces moments-là, on pourrait mourir car on se croit au sommet de l’extase.  MAIS  ON  SURVIT  !! 

 

Vivre pleinement les deuils quand le cœur est tellement brisé et meurtri et que l’on a l’impression que tout va éclater. Dans ces moments-là, on  pourrait mourir car le lien avec la vie est fragilisé.  MAIS  ON  SURVIT !! 

 

L’amour et la haine sont étroitement liés. Le bonheur et la peine le sont également.  Il faut  vivre tout ce qui nous arrive de beau et de moins agréable pleinement.  La vie n’est qu’une suite d’événements imprévus... 

 

MAIS CE  QU’ELLE  EST  BELLE ET BONNE À VIVRE !! 

 

nonise

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À des milles et des milles
Catherine

Elle s'est envolée d'un battement d'ailes
Tout comme la colombe ou l'hirondelle
Sans qu'une âme qui vive ne la retienne
Personne sur Terre n'a pu aider la sienne
 

Et moi, j'étais à des milles et des milles
Relaxant doucement dans les boisés tranquilles
Vivant seulement le train train quotidien
En ne songeant même plus au lendemain
J'appelai ma mère pour rassurer ses peurs
Oui nous allions bien, moi et mon petit coeur
Quand elle m'apprit la triste nouvelle
Il ne restait que trente secondes à l'appel
 

Elle s'est envolée d'un battement d'ailes
Tout comme la colombe ou l'hirondelle
Sans qu'une âme qui vive ne la retienne
Personne sur Terre n'a pu aider la sienne

 Elle est repartie vivre en Abitibi
Avec sa famille et ses anciens amis
Sa mère et elle ont du être très fortes
Car son amoureux les a rudement mises à la porte
Et comme si rien n'avait été fait ou dit
La liaison fut coupée sur ces mots précis
Bouleversée, à des milles et des milles de ma vie
Je regardai mon coeur qui tout bêtement me sourit

Elle s'est envolée d'un battement d'ailes
Tout comme la colombe ou l'hirondelle
Sans qu'une âme qui vive ne la retienne
Personne sur Terre n'a pu aider la sienne
 

Je m'assieds loin de là tout près de lui
 Lui annonçai à mon tour ce que ma mère m'avait dit
Ébahi, les questions trottaient dans sa tête
Mais toutes les réponses étaient à tant de kilomètres
Et je n'étais pas auprès d'elle pour l'aider
Simplement pour la rassurer et la consoler
Trois jours avant la fin de mon paradis terrestre
Elle venait d'entamer un enfer de tristesse

Alors...
Elle s'est envolée d'un battement d'ailes
Tout comme la colombe ou l'hirondelle
Sans qu'une âme qui vive ne la retienne
Personne sur Terre n'a pu aider la sienne...

Catherine

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La touche étoile
Benoîte Groult

 …Car c’est par amour pour la vie que je voudrais la quitter à temps, non sans un terrible regret.  Mais je sais que tout ce que j’ai déjà perdu et tout ce qui s’en va chaque jour, ne sera remplacé par rien.

J’ai trop aimé courir, grimper, skier, conduire une voiture, pour accepter de m’installer aux commandes d’un déambulateur.

J’ai trop aimé le goût du vin …pour voir devant mon assiette une bouteille en plastique, pleine d’un liquide incolore, inodore et sans saveur.

…J’ai trop aimé Xavier et Marion et Maurice d’égale à égaux pour envisager de les voir un jour debout devant ma dépouille, prétendue vivante, alimentée par gouttes, oxygénée par tube et soulagée par sonde.

…J’ai trop aimé le soleil en face au zénith, et les baignades dans l’océan glacé et les randonnées sur la lande, pour somnoler à l’ombre dans un jardin, une capeline sur la tête et une couverture sur les jambes, en attendant que le soir tombe… pour aller au lit !

…Je veux m’en aller, ma hotte lourde de souvenirs et les yeux pleins de la fierté d’avoir vécu vivante jusqu’au bout.  M’en aller à mon heure à moi, qui ne sera pas forcément celle des médecins, ni celle autorisée par le pape…

Curieusement, comme une compensation, je suis de plus en plus sensible à la beauté des choses, les toutes petites merveilles et les grands spectacles s’unissant pour me mettre les larmes aux yeux : le bleu des plumbagos, le vol des grues cendrées dans Le Peuple migrateur, le rosier nommé Cézanne planté l’an dernier sans y croire dans un coin peu propice et qui m’offre sa première rose bigarrée rouge et jaune en novembre quand je ne l’espérais plus, juste pour me dire : « Tu vois ! »… 

…Et puis la poésie, curieusement, que j’aimais tant dans ma jeunesse et que j’ai retrouvée depuis la mort d’Adrien avec une émotion d’adolescence…

…Et aussi les hommes quelquefois… le goût pour les hommes se perd-il jamais ?

… Je ne suis jamais pressée de voir disparaître mes protégés, dit Moïra.  Je m’attache à eux.  Je ne devrais pas.  Mais je t’aime assez, Alice, pour admettre que tu veuilles renoncer, parce que tu as su saisir tes chances et toutes celles que j’ai pu t’offrir.  Y compris la dernière : mourir à ton heure.  Quand tu seras prête, Alice, je serai là.  Fais-moi signe en appuyant sur la touche étoile.  Je me charge du reste, mon petit.

Extraits de La touche étoile de Benoîte Groult - Éditions Grasset

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Une branche à la fenêtre
Gilles Vigneault

Une branche à la fenêtre
M'a rappelé qu'à renaître
L'amour ne se lasse pas
Et qu'à traverser l'espace
Tout oiseau laisse une trace
Plus vivace que mes pas

Rien n'est jamais vain ni l'herbe
Ni cette extase du verbe
Qu'on avait pris pour un lit
Ni cette horloge, ni l'heure
Ni cette ombre qui m'effleure
Le temps d'un geste aboli

Jamais les fleurs du temps d'aimer
N'ont poussé dans un coeur fermé
La nuit, le jour, l'été, l'hiver
Il faut dormir le coeur ouvert

Quand tu traverses la chambre
La lumière de septembre
Fait revivre sur ta peau
L'ombre des amours anciennes
Assez pour que j'en retienne
Les mouvements les plus beaux

J'observe un vol de paroles
Qui me frôle et puis s'envole
Avant de prendre ma voix
Je les voulais les plus belles
Mais comme un peu de leurs ailes
Tremblent encore autour de toi

Jamais les fleurs du temps d'aimer
N'ont poussé dans un coeur fermé
La nuit, le jour, l'été, l'hiver
Il faut dormir le coeur ouvert

Nous écoutons des sirènes
Dans la frêle chanson freine
Le navire de nos corps
Pendant que l'eau et la neige
Nous apprennent le solfège
À travers le vent du nord

Le dos tourné à la terre
Je commence un inventaire
Des planètes que j'entends
L'un de leurs clochers me sonne
Il n'est plus rien ni personne
Qui sache arrêter le temps

Jamais les fleurs du temps d'aimer
N'ont poussé dans un coeur fermé
La nuit, le jour, l'été, l'hiver
Il faut dormir le coeur ouvert

Gilles Vigneault - J’ai planté un chêne (1976, Le Nordet, GVN-1007)
 

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Souvenir d'un vieillard
(Chanson d’autrefois)

Petits enfants, jouez dans la prairie
Chantez, chantez le doux parfum des fleurs
Profitez bien du printemps de la vie
Trop tôt hélas! vous verserez des pleurs

  Dernier amour de ma vieillesse
Venez à moi, petits enfants
Je veux de vous une caresse
Pour oublier, pour oublier mes cheveux blancs

Quoique bien vieux, j'ai le coeur plein de charmes
Permettez-moi d'assister à vos jeux
Pour un vieillard outragé, plein de larmes
Auprès de vous, je me sens plus heureux

Petits enfants, vous avez une mère
Et tous les soirs, près de votre berceau
Pour elle, au ciel offrez votre prière
Aimez-là bien jusqu'au jour du tombeau

 En vieillissant, soyez bons, charitables
Aux malheureux, prêtez votre secours
Il est si beau d'assister ses semblables
Un peu de bien embellit nos vieux jours

  Petits enfants, quand j'étais à votre âge
Je possédais la douce paix du coeur
Que de beaux jours ont passé sans nuage
Je ne voyais que des jours de bonheur

 En vieillissant, j'ai connu la tristesse
Ceux que j'aimais, je les ai vus partir
Oh! laissez-moi vous prouver ma tendresse
C'est en aimant que je voudrais mourir

 Tiré du livre : "La bonne chanson" ©1948,  Chs-Émile Gadbois, ptre 

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Les mots de Lucie

Hommage à Gaétan

 …"L’âme est dans les pieds !".  J’avais retenu cette expression adoptée par une connaissance.  Ça flatte l’égo à la veille d’un départ pour Compostelle !

 

Où est en ce moment l’âme de mon beau Gaétan, cette force de la nature ? Cet ancien collègue de travail tout chétif, à la merci de la maladie et de la mort toute proche. À quoi pensait-il lors de ma visite ? Pas important.  L’important était le moment présent même s’il se nourrissait du passé, de nos connaissances communes, du lien qui a déjà existé, de l’admiration que cet homme suscitait chez moi, son intégrité surtout, son sourire d’enfant espiègle, sa bonhomie, son éternel émerveillement, sa loyauté familiale, son amour pour la vie...

 

Face à la maladie, face à la mort.

 

Et sa conjointe, toute belle, qui rayonne pour soutenir sa vie, sa respiration, son univers... jusqu’à ce que la mort les sépare.

 

Et l’indécence de se sentir si privilégiée parce que la maladie loge encore à la porte d’à côté. Ne pas vouloir y penser.  Aucune place, aucune chance, aucun doute pour ne pas céder à la peur.

 

L'image en fauteuil roulant à jamais gravée de ce bel homme dans la fleur et la force de l’âge.

 

Est-ce que la vie est comme le jeu ? Une simple question de dés ? De hasard ? De numéro ? Et toutes ces personnes qui souffrent.  Le hasard aussi ou implacablement la vie ?  La vie qui tue, la vie qui meurt.

 

Que de souffrances, surtout pour ceux qui restent.

 

Dans l’aile des condamnés.

 

Et la vie qui se moque et continue son chemin bien à elle, plus forte, plus déterminée que jamais.

 

En tirer des leçons ?  M’assagir ?  Pourquoi, puisque ma vie aussi se moque de moi et ne vit que pour elle.  Ma vie toute tracée qui ne veut que s’exprimer comme elle a été programmée, dans toutes ses forces, ses déchirements, sa sagesse, sa beauté, sa grandeur, son privilège, son petit bonheur bien à elle.

 

Une poussière d’âme dans l’univers.

 

Si l’âme est dans les pieds, alors je marcherai pour tous ceux qui m’entourent, en espérant que ces petits gestes s’illuminent dans l’univers pour apaiser quelques souffrances dont la vie seule possède le secret.  La vie plus forte que la mort.  Dans toute sa splendeur, sa rage, sa passion et sa force.  La vie qui nous fait mourir de joies, d’amour, de chagrins, de deuils et d’espérances.

 

LA VIE - LA VIE - LA VIE

 

 

 

À une amie...

 

La passion et les émotions à fleur de peau

La curiosité et la vivacité à fleur de coeur

L'intelligence et l'intégrité à fleur d'âme

Voilà ce que tu m'inspires, mon amie...

 

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Y a-t-il une vie avant la mort ?
À tous ceux qui n'ont plus le temps
René Villemure

À regarder le monde, il semble que nous agissions avec le temps sans le connaître réellement, en le considérant comme s'il devait durer toujours.  Pourtant, tout passe ; même le temps.   Et alors, lorsque tout est passé, la seule chose qu'il nous reste à dire est : "Je n'ai plus le temps".

 

Afin d'inverser cette tendance pathogène, afin d'assurer qu'il y ait bien une vie avant la mort, il faut repenser notre rapport au temps en considérant que "le temps, ce n'est pas quelque chose que l'on a, mais plutôt quelque chose que l'on prend".

 

...Dans nos établissements, l'urgence, l'immédiateté, l'instantanéité et la vitesse semblent être aujourd'hui les seuls critères organisationnels dignes de mention ou de mérite. 

 

On crie que tout est urgent, que tout doit être fait immédiatement et rapidement et que rien n'est jamais assez vite.  Pourtant, l'urgence n'est que le jugement que l'on porte dans un certain milieu sur une situation donnée ; subjective, l'urgence ne peut être qu'illusoire.  L'immédiateté, elle, est le lot de la machine et la rapidité, de son côté, n'est qu'un critère d'évaluation parmi d'autres qui considère que "vite, c'est mieux".  D'ailleurs, posons la question : "Est-il possible, ou même souhaitable, d'être Bon rapidement" ?...En faisant tout dans l'urgence et dans la vitesse, on manque fréquemment le but. 

 

...Très tôt dans notre vie nous avons appris de nos parents à mesurer et à avoir peur de ce que la paresse pourrait nous faire perdre.  Avons-nous déjà pensé à ce que la paresse pourrait nous faire gagner ?

 

D'entrée de jeu, il faut savoir que pour paresser sérieusement, il faut autant de vertus que pour le travail ; il faut de la culture, de l'ouverture d'esprit, puis le goût de la méditation et du rêve.  Des éléments bien rares aujourd'hui.

 

Parfois, pour éviter de paresser ou de paraître paresseux, on bouge, on s'agite et, quelque fois, on voyage.  En théorie, voyager ouvre l'esprit.  Cependant et tristement, de nos jours, on peut remarquer que plusieurs voyagent pour avoir vu quelque chose ou un lieu plutôt que pour voir cette chose ou ce lieu....  Combien de gens disent avoir vu le Colisée de Rome ? Combien peuvent vous en parler au-delà du fait qu'ils l'ont vu ?

 

...Avant de voyager, on n'a souvent que peu lu sur la destination à visiter.  On n'en a pas le temps.  On a consulté le Web, ça va plus vite... Sur les lieux, on a pris une photo que l'on montrera aux amis pour certifier que l'on a bien vu le Colisée (regarde : il est derrière moi).  Le Colisée a été vu.  Allez, prochaine étape...

 

Il faut aussi savoir que ce n'est pas parce que l'on change de place, que l'on change d'endroit, que notre vie se portera mieux, que nous serons soulagés.  Il faut apprendre à voyager vers nulle part, à voyager vers soi.  Il ne faut pas chercher à se fuir.

 

Souvent, en s'étourdissant, on veut échapper à la mélancolie, au spleen, on cherche à se fuir soi-même alors que la réponse est justement : nous-mêmes.

 

...Paresser, c'est être infidèle.  Soyez-le sans remords ; oubliez vos amis avec des inconnus ; oubliez votre travail en regardant les étoiles.  Oubliez vos problèmes en lisant un livre.  Désertez volontairement.  Apprivoisez le temps.

 

Connaissant déjà l'extérieur des choses, paressez un peu et apprenez à connaître l'intérieur de l'Humain.

 

...Il faut du temps pour se cultiver, pour se faire une opinion, pour être en mesure de penser par soi-même.  Il faut aussi du temps pour ne rien faire, pour s'ennuyer, pour paresser.  C'est ce temps de paresse qui nous ramène à notre essence, qui nous permet de nous reconnaître.  C'est la paresse qui, en nous présentant à nous-mêmes, nous permet de devenir ce que nous sommes réellement.

 

Paresser, c'est vivre un peu plus.  Et vivre, il faut l'apprendre toute sa vie.

 

Dans notre rapport au temps, ce n'est pas le temps qui passe, c'est nous qui passons.  Le vrai luxe est celui de prendre du temps.  Le vrai repos vient de nous.  Pas des autres.  La vie avant la mort est un choix personnel.  Exercez-le...

 

Extraits d'un texte de René Villemure, M.A., Ph. D.
Éthicien, conférencier et président fondateur Institut québécois d'éthique appliquée

 

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Bonsoir tante

Tu te poses la question sur le respect de l’autre, sur la conscience sociale.  Voici mon interprétation de la chose.  Ma petite contribution à ta réflexion. 

 

Dans notre société ces deux questions ne sont plus à l’ordre du jour.  Le respect de l’autre est une notion en perte de vitesse aujourd’hui, que ce soit dans la vie de tous les jours, dans notre travail ou dans nos études.  L’efficacité à tout prix, aucun temps pour la morale.  L’extraction de notre société du carcan qu’imposait l’Église nous a permis de devenir libre mais aussi de ne plus suivre une morale que nous imposait le clergé.  Chacun doit maintenant choisir pour lui-même, se rattacher à une croyance (l’humain ayant besoin d’une puissance supérieure, du moins beaucoup d’entre nous).  La société dite évoluée a maintenant de nouvelles références, de nouveaux dieux que ce soit Bill Gates, Bill Clinton ou de nouveaux fétiches qui guident nos pas (modifications génétiques, biotechnologies).  Notre existence est maintenant celle de la vitesse, de la non-pensée.  En fait peu de choses ont changé depuis le Moyen-Âge où les petites gens étaient trop occupés à survivre pour penser et si on avait le malheur de le faire, on les brûlait.   Aujourd’hui, on nous inonde d’information, de données de sondages sur ce que l’on pense ou non.  Cette société nous rend individualiste par notre consommation, par la peur de notre prochain.  Et nous-mêmes participons comme tu l’as mentionné avec notre élevage d’enfant roi.  Alors la prise de conscience doit être collective pour permettre de remettre sur la carte de notre morale le bien vivre.  Mais la liberté (du moins celle que nous croyons posséder) a durement été acquise et le temps des jeux et du vin est là.  Je ne sais pas si la politesse provoque l’ouverture des autres mais pour moi, le respect prime avant toutes choses.  Le respect de la liberté, celle d’autrui, mais aujourd’hui le respect se meurt.

 

Quant à moi, je finirai sur une modification de ta phrase : « La liberté de l’un finit où la liberté de l’autre commence. »  Je dirais en plus :  « La liberté est l’illusion qu’un homme emprisonné se donne pour se libérer de ses chaînes. »

 

P.S. : Ce petit texte sera sûrement un peu confus.  Je ne le relis pas.  Je l’ai écrit d’un jet.  Il est 2h30 AM et je ne dors pas.

 

Courriel de Michel L. envoyé à marilau le 19 mars 2000. 

 

Michel est né le 5 février 1969 et est décédé le 13 août 2004.  Il avait 35 ans...

 

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La petite fille de Monsieur Linh

Amour, Amitié 

Qu’est-il donc de plus beau ?
Qu’est-il donc de plus sûr ?
Puisque c’est bien ce qui à la vie donne son sens
Ce qui donne à chacun sa lumière contre le désespoir
Sa raison d’avancer, sa raison d’être

Josiane

 …Monsieur Linh dévêt un peu sa petite fille.  Il l’installe entre lui et le gros homme.  Assise.  L’enfant ouvre les yeux.  Ses yeux font face à la mer, au grand large de la mer.  Le vieil homme regarde aussi là-bas.  Il se revoit sur le bateau, et d’un coup des images lui reviennent, se bousculent en lui, terribles, odieuses et magnifiques.  Ce sont comme des coups de poing qui s’abattent sur lui, lui cognent le cœur, l’âme, le ventre, tous ses membres.  Oui, au loin de la mer, très au loin, à des jours et des jours, il y a tout cela.  Il y a eu tout cela.

… Il s’est adossé à un mur.  Lentement, sans même s’en apercevoir, il glisse vers le sol.  C’est comme une chute qui durerait une seconde ou bien une vie, une chute lente vers le macadam du trottoir.  Ça y est, il est à terre, son enfant posée sur ses genoux.  La tête de Monsieur Ling est grosse de trop de fatigues, de souffrances, de désillusions.  Elle est lourde de trop de défaites et de trop de départs.  Qu’est ce donc que la vie humaine sinon un collier de blessures que l’on passe autour de son cou ?  À quoi sert d’aller ainsi dans les jours, les mois, les années, toujours plus faible, toujours meurtri ?  Pourquoi faut-il que les lendemains soient toujours plus amers que les jours passés qui le sont déjà trop ?

…Monsieur Linh n’a pas peur, il n’est plus fatigué, il a revu son ami, il fait bon, il songe seulement à protéger du mieux qu’il peut son enfant, il lui murmure les premiers mots de la chanson, la voiture est toute proche, la petite fille ouvre les yeux, le regarde, le vieil homme l’embrasse sur le front et reviennent alors dans son esprit tous les visages aimés, et dans sa mémoire le parfum de la terre de son pays, et le parfum de l’eau, le parfum de la forêt, le parfum du ciel et celui du feu, le parfum des bêtes, des fleurs et des peaux, tous les parfums réunis, enfin…

Extraits de La petite fille de Monsieur Linh
Philippe Claudel - Éditions Stock 2005

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