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Récits de vie
pour une
plongée dans l'émotion...
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Chalet en ville
En plein cœur de la ville,
par un bel après-midi ensoleillé, elle décide de réintégrer son logement
pour s’y réfugier et s’y cacher, fuyant les assauts de la ville et de sa
vie…
Aussitôt la clé dans la
serrure, elle ressent une paix l’envahir doucement. Elle referme derrière
elle. Enfin ! Personne pour l’agresser, personne à qui concéder sa
liberté. Face à elle-même, libérée des concessions et des contraintes.
Aujourd’hui, le printemps
timidement pointe le bout de son nez. Les foulards se dénouent, les cols
s’entrouvrent et les mains se libèrent. Douceur du printemps… Aujourd’hui,
elle baptise son havre de paix, chalet. Hier, il était bunker et demain il
sera oasis… Chalet de repos pour alléger le fardeau des tracas quotidiens.
Car même si le printemps dessine des sourires sur les passants, elle ressent
l’urgence de s’éloigner du bruit et du fracas de la compétition. Travail
épuisant, exigeant… Ces centaines de regards croisés qu’elle ressent comme
autant de jugements. Performance, rentabilité, assurance qualité d’une vie
qui n’aspire qu’à la tranquillité.
Elle est lasse. Elle
s’étire, se débarrasse de ses vêtements d’apparence et se glisse dans une
chaloupe de bulles et de silence. Elle ferme les yeux. Aucun bruit. Son
chalet ne la trahit pas. Il sent bon la paresse. Il est son complice de
repos. Après quelques minutes de flottement, elle s’extirpe et s’enveloppe
dans sa sortie de bain en ratine. Elle se verse un verre de vin et
s’assoit sur son petit balcon qui revêt des allures d’immense véranda
fleurie. Elle écoute… Enfin, elle entend le silence des hommes. Le bruit
des autos au loin devient un fond de vaguelettes qui claquent sur le bord de
la rive d’un lac. La tension l’abandonne peu à peu...
Verre à la main, elle
réintègre son refuge pour se ressourcer et se retrouver pendant quelques
heures avant de retourner se battre de nouveau dans la jungle du lendemain.
marilau


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En
bandoulière
Dans mon sac en bandoulière
se trouve mon univers. Je me promène dans les rues de Paris et je suis
seule avec mes pas perdus, mon âme vagabonde et une passion profonde. Que
d’heures j’ai passé à préparer ce voyage tant rêvé ! Que d’heures j’ai mis
à planifier mon horaire et mes repères ! Dans mon sac en bandoulière se
trouve ma trousse de touriste : devises étrangères, carte routière et petits
objets qui me sont chers. Tout est là, collé sur moi, sous l’ombre de mon
corps, à l’abri comme un trésor.
Il est 10 heures du matin.
Petit déjeuner englouti, je me dirige d’un pas décidé vers la destination de
la journée. Le tracé préparé la veille m’amènera vers l’arrondissement de
mon choix. Enfin Paris ! Je la hume, je la regarde, je l’entends. La
foule hétéroclite me bouscule et je souris. Je me sens bien dans le
Quartier latin ! D’une adresse à l’autre, je déambule de rue en rue à la
recherche d’une maison, d’un musée, d’une boutique, d’une librairie, d’une
statue, d’un pont, d’un monument. D’une adresse à l’autre, j’examine, je
joue à la voyeuse, je biffe et je repars. Je connais ces lieux sans y être
jamais venue. Ils m’habitent depuis toujours. J’entends ma langue au son
d’une musique trop remplie de notes. Je ne rêve plus. Je vis Paris.
Il est 16 heures, moment de l’apéro. Je choisis mon
coin de café pour observer la faune humaine et incessante. Je commande un
verre de vin et repose mes pieds. Le bruit des klaxons, la passante avec la
baguette de pain sous le bras, l’homme élégant à la mallette, la jeune fille au portable,
les petites autos pressées, les motocyclettes qui se faufilent dans la masse des
voitures, les vélos au panier à fleurs et au guidon droit… Tout y est ! Je
n’ai qu’à déguster et à me laisser imprégner. Le temps s’étire… Je suis
là, seule à Paris, dans ce café du Quartier latin, des Champs Élysées ou de
Montmartre.
Je me gave.
Je me gonfle.
Je suis repue.
Je me sens
bien.
Dans mon sac en bandoulière,
il y a mon univers et dans mon cœur, la fierté d’avoir vaincu mes peurs…
marilau


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Ils s’aimaient
Sur la piste de danse, ils ne dansaient pas, ils s’aimaient... Des
yeux, des mains. Deux corps ondulant en un mouvement unique au son
d'un tango argentin.
Elle, racée, ses jambes
longues, ses longs doigts fins effleurant à peine son partenaire, son visage
tout près du sien... Robe noire
vaporeuse, souliers au couleur de ses lèvres, paupières lourdes de
sensualité, mouvements de femme éprise au rythme d’une musique venue du sud
de soi.. Elle ne
vivait que pour le mouvement de son corps et du sien. Que pour son regard
qu’elle saisissait en bougeant un peu la tête. À peine. Ses cheveux de
jais frôlaient sa joue, voilaient sa vue. De la soie sur soi. Plus que
jamais, elle. Les doigts engourdis de passion. Femme…
Lui,
élégant, le dos légèrement courbé, à l'écoute de son pas, envoûté... Ses yeux d’un bleu métallique ne
la quittaient pas. Il cherchait et recherchait ce moment où ils ne feraient
plus qu’un. Où leurs pas ne seraient plus qu’un seul pas. Au creux de ses yeux, au cœur de
leur rythme.
Un homme,
une femme. Complices pour un court moment. Unis dans un pas de deux…
marilau


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Effluves de bonheur
Dimanche d’hiver
Pour faire cuire les rôtis de veau et de
porc des dimanches de mon enfance, ma mère s’ornait de son appétissant
tablier coloré qu’elle nouait derrière elle tout en parlant à qui de ses
enfants se trouvaient près d’elle. L’arôme de mes dimanches d’hiver ! La
senteur des rôtis qui mijotaient dans leur jus et la chaleur du murmure des
conversations feutrées comme le sont la douceur et le calme des paroles
échangées les jours de congé. Le bonheur de mes 10 ans au retour d’une
journée à jouer dehors soit en traîne sauvage ou en patins à glace ! Le bonheur de la chaleur de la maison qui prenait
d’assaut mes joues gelées et les pinçait de petits picotements de joie ! Je
prenais une grande bolée de bien-être en enlevant mes bottes en caoutchouc
remplies de neige et en secouant mes mitaines empesées de glace. Ces
dimanches d’hiver, ma mère était à ses fourneaux et à ses enfants. Heureuse
de savoir que toute sa nichée sera là pour déguster le souper préparé…
Dimanche d’été
Pour faire cuire ses succulentes tartes
aux bleuets, ma mère avait besoin de petites mains. Mes petites mains qui,
à chaque mois d’août, s’agrippaient aux grappes de bleuets pour remplir le
seau de ces petits fruits délicieux. Bonheur d’être à plusieurs dans ces
sentiers de montagne à chercher « la » talle des plus gros et des plus beaux
! Bonheur de s’asseoir sur l’herbe fraîche et de savoir qu’il n’y a qu’à
tendre le bras pour cueillir beauté et richesse. Anticipation heureuse du
moment où ma mère découvrira ce trésor. L’arôme de mes dimanches d’été !
La senteur de la chaleur de la maisonnée qui dégageait des effluves de
confort. Le bonheur de mes 10 ans au retour d’une journée à jouer dans
l’eau avec mes amies que je pensais pour la vie.
La senteur du bleuet ou du rôti qui cuit.
La chaleur de ma mère qui rit.
La senteur de la vie.
La chaleur du bonheur.
marilau

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Charabia
Tu me regardes sans
comprendre et moi je tente tant bien que mal de t’expliquer. De te livrer
ce qui m’habite. De rendre en mots ce charabia de pensées qui tournent sans
cesse dans ma tête comme un manège détraqué. Tu me regardes sans comprendre
parce que tu restes renfermé sur toi, replié sur tes pensées, campé comme
une statue de marbre, sourd au bruit de ma voix.
Comment expliquer, comment
convaincre ? Les mots sont manquants. Les mots sont vides. Les mots sont
trop. Les mots sont vagues. Vagues de l’âme perdue qui sait déjà que
l’amour n’est plus. Vagues du cœur qui se noie et qui s’accroche aux
comment, aux pourquoi. Charabia de pleurs, charabia de tempête intérieure.
Ma bouche s’active et mon cœur s’épuise. Ton corps est encore là mais ta
pensée n’est plus pour moi. Je ne sais pas encore que tous ces mots ne
servent plus à rien. Que d’essayer de convaincre veut dire qu’on a déjà
perdu. Qu’avant, il n’était pas nécessaire d’expliquer. Il suffisait de se
regarder et tout était dit. Quand l’amour est mort, la parole ne porte plus
sa douceur. Elle porte la hache des mots incompris. Quand c’est l’autre
que soi qui n’aime plus, la parole est pressante, la parole est suppliante.
La parole a peur. Elle retient le temps et devient aveugle à la vérité.
Vérité synonyme d’abandon qui ramène aux douleurs muettes de l’enfance.
Aujourd’hui, les mots sont impuissants face à ce qui n’existe plus.
Tu me regardes sans
comprendre et je tente tant bien que mal de t’expliquer que, tout-à-coup,
moi j’ai compris.
Elle est triste et vidée
d’elle-même. Elle cherche des balises où s’accrocher. Elle le regarde et
tout ce qu’elle désire c’est toucher sa peau pour atteindre son cœur.
Il détourne les yeux. Il
veut être ailleurs. Le passé l’empêche de partir mais déjà, il court vers
d’autres lieux. Vers d’autres yeux…
marilau


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Simone la démone
Simone la démone comme
l’appelait ma mère. Compagne de ses dernières années, Simone apparut dans
la vie de ma mère un dimanche de pluie. Une de ces mauvaises journées où
son
corps vieilli refusait d’obéir et envoyait des signes avant-coureurs
d’une plus grande souffrance à venir.
C’est Sophie, sa petite
fille, qui eut l’idée de ce cadeau poilu pour sa grand-maman qui pleurait sa
vie perdue. « Zoothérapie » disait Sophie. « Grand-maman va aimer
Simone.» Et Simone entra dans la vie de ma mère un peu par la porte de
derrière. C’est que ma mère n’était pas du tout certaine de vouloir hériter
d’une telle responsabilité. « Bien oui, grand-maman » lui disait Sophie.
« Tu ne seras plus seule. Fais un essai. Tu vas l’aimer ! » Ma mère
n’avait pas appris à dire non. Surtout devant les yeux implorants de sa
petite fille. C’est ainsi que Simone la démone devint en peu de temps
l’amour de maman.
Simone n’avait de démone que
la rime car ce fut une union de douceurs, de caresses et de cache-cache.
Car l’imprévisible Simone ne pouvait pas se cacher sous le lit ou dans le
fond d’une garde-robe sans que ma mère ne lui ordonne d’en sortir.
Dépendante qu’elle était de cette petite boule blanche ! Jamais un coup de
griffe comme si Simone avait deviné la fragilité de sa maîtresse. Que des
câlins... Que des coups de tête sur sa main pour chercher la caresse et des
coups de patte sur son bras pour ralentir le pas. Simone est devenue le
soleil des jours de pluie et l’oreille du monologue d’une vie.
Avant Simone, ma mère
parlait de ses maladies. Avec Simone, ma mère parlait de… Simone. Elle
était devenue le centre de sa vie, sa confidente et son amie. Lorsque la
maladie se fit plus présente et qu’il fallut que ma mère déménage dans un
endroit plus approprié à sa condition, Simone n’a pu la suivre. Interdit
! À
la souffrance du corps s’ajouta un autre deuil. Le cœur ne vieillit pas au
même rythme que le corps.
Je pris Simone chez moi et
promis à ma mère de bien m’en occuper et de la dorloter. À chaque visite
que je rendais à ma mère, elle insistait pour que je lui raconte dans le
menu détail le quotidien de Simone la démone. Ses larmes me disaient son
ennui.
Aujourd’hui, Simone est
toujours avec moi. Et lorsque le soir elle repose sur mes genoux, c’est un
peu comme si ma mère était encore là… tout près de moi.
marilau


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Pot de peinture
Armée d’un
pot de peinture et de bonne volonté, elle examine la tâche à accomplir et se
sent bien découragée. Quelle idée d’entreprendre une si grosse corvée !
Quelle idée de gaspiller une si belle journée à exécuter un travail pour
lequel elle est si peu douée ! La couleur de sa vie n’est pas sur les
murs. La couleur de sa vie est dans l’écriture. Couleurs pastel des mots
légers qui voltigent dans sa tête. Couleurs profondes des émotions qui font
la fête sur le papier. Le courage lui manque… Elle dépose le pot de
peinture et remise sa salopette des jours sans couleur. Elle décide de
remettre au lendemain. Mille excuses. Mille pardons. Le ciel est trop
bleu. La terre est trop verte. La vie aujourd’hui sera rêverie… Demain, le
jour sombre de l’ennui et du labeur !
Mais
sournoise se pointe la honte de ne pas avoir le courage de faire. Non, non
! Elle doit malgré les mots. Non, non ! Elle doit faire aujourd’hui. Elle
remet sa salopette des jours sans couleur, reprend le pot de peinture et
s’attelle à la tâche avec résignation. Un peu de musique peut-être ? Une
grande respiration ? Un coup de pinceau après l’autre, elle ne regarde pas
plus loin. Pas le nombre de murs. Pas le nombre d’heures. À la musique,
elle ajoute le rêve. Un coup de pinceau à la fois, elle entre dans sa bulle
de bien-être. Elle oublie que son corps bouge. D’un coup de pinceau à
l’autre, elle se laisse bercer au son des mots légers qui voltigent dans sa
tête. Elle rêve aux couleurs profondes de sa vie et pense à ce texte
qu’elle écrira demain…
Esprit libéré
du pinceau
Esprit libéré d’un boulot
Enfin, toute aux mots
Enfin, toute à sa rêverie
Demain, elle écrira la vie
marilau


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Ma poupée
Toi, ma poupée. Toi,
ma Lilly à venir. Toi qui vient de loin. De l’autre côté de la terre. Toi
qui ne sait pas que bientôt, tu viendras nous rejoindre.
Lilly, ma poupée.
Mes petits yeux bridés. Lilly la jolie qui a déjà conquis le cœur de ta
maman, de ton papa …et de ta mamie. Tu n’auras pas les joues roses de ta
mère. Tu n’auras pas le teint roux de ton père. Ton visage sera à toi.
Ton caractère sera le tien.
Après toutes ces
années de tentatives, d’attentes et de déceptions, enfin nous
t’accueillerons. Le chemin à prendre pour que tu naisses à nous est
différent. Ta délivrance est aussi la nôtre.
Lilly, ma poupée.
Nos bras sont ouverts, nos mains tendues. Nous te montrerons la vie, nous
t’apporterons l’amour. Nous guiderons tes pas, nous t’enseignerons nos
mots. Tu diras notre langue et tu vivras notre culture. Tu souriras notre
tendresse et tu riras nos folies.
Lilly, ma poupée. Je
t’imagine déjà. Je t’aime déjà.
J’ai hâte que tu sois
avec nous, ma petite chinoise d’amour...
marilau


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(S')anéanti(r)
Un jeune homme s’enlève la vie.
Images bouleversantes… Pensées émouvantes…
Le
père qui prend le visage de son fils dans ses mains et qui sanglote... visage chaud de la colère contre visage froid de la mort. La mère qui a
découvert son fils mort et qui dit sa hâte d'oublier cette image sans
savoir encore qu'elle ne l'oubliera jamais. Le frère qui se promène les
yeux à demi-fermés pour absorber cette nouvelle douleur qu'il
devra apprivoiser. La moto de l'ami qui hurle sa plainte en suivant le
cercueil de ce jeune qui a refusé cette vie qu'on lui
avait donnée. La soeur qui murmure en chaire le calvaire du mal de vivre de
son frère. La mélodie poignante de Like a song de U2 qui résonne dans
une église trop grande et trop froide.
Et le père dans un excès de rage, qui donne un coup de
poing sur le cercueil avant de laisser le corps de son fils disparaître dans
ce trou qui l'accueillera pour toujours...
Il
ne savait
pas se donner le droit à la vie donc à l'effort. Il ne savait pas se donner
le droit à la vie donc à l'erreur. Il ne savait pas se donner le droit à la
vie donc au manque. Il ne savait pas se donner le droit à la vie donc
à l'imparfait. Il ne savait pas se donner le droit à la vie…il s’est
donné le droit de cesser de supporter l'insupportable.
Ceux qui
l'ont aimé devront apprendre à vivre avec leur questionnement, leur peine,
leur colère et leur culpabilité de ne pas avoir su ou de ne pas avoir pu. Ils devront apprendre à
vivre avec ce trou au coeur et cette pesanteur sur les épaules. La
pesanteur du vide...
Mais
il y le temps. Cet ennemi quand tout va bien se transforme en allié lorsque
la vie devient malheur.
Puisse
la mort de ceux qui ont choisi de partir aide ceux qui les ont aimés à
mieux vivre…
marilau


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En avril 2005, La Presse
a publié une série d’articles intitulé La rage à l’aréna concernant
ces parents et ces entraîneurs qui perdent les pédales dans des matchs de
hockey mineur. Problème récurrent…malheureusement.
L’histoire de Samuel
Samuel a 9 ans. À
tous les samedis matin, Samuel et son papa se rendent à l'aréna du quartier
pour la pratique de hockey de Samuel. Depuis qu'il est tout petit, le
hockey fait partie de sa vie parce que le papa de Samuel est un fanatique de
hockey. Chaque fois qu'une joute est retransmise à la télévision, le papa de
Samuel écoute religieusement et passionnément les hauts et les bas de son
équipe favorite. Avant de commencer à jouer dans une vraie ligue, c’était
un des grands plaisirs dans la vie de Samuel de regarder une partie de
hockey avec son papa. Parce que son papa lui parlait, lui expliquait, lui
enseignait, lui communiquait son amour du jeu et finalement parce que son
papa était avec lui et que Samuel aime son papa.
Mais voilà. Le papa
de Samuel est un ex-joueur des mineurs frustré. Frustré de ne pas avoir
« fait les grandes ligues », frustré de voir son équipe s'enliser dans les
bas-fonds et rater les séries d'année en année et maintenant, frustré d’être
privé de son sport préféré depuis quelques mois à cause « d’une gang de
millionnaires pourris par l’argent ».
Le papa de Samuel
avait bien hâte que son fils commence à jouer « pour vrai ». Il était sûr
et certain qu'en digne fils d'un ex-joueur des mineurs et d'un passionné de
hockey comme lui qui connaissait tous les rouages, tous les trucs, tous les
jeux et toutes les stratégies possibles, il ne pouvait que briller sur la
glace et devenir LA prochaine GRANDE vedette de la ligue nationale. Le
prochain Guy Lafleur qui sauverait la face de ce club qui ne cesse de
crouler vers des abîmes de plus en plus profonds.
Mais voilà. Samuel
ne réussit pas. Oh ! il se tient assez bien sur patins et il réussit à
toucher la rondelle de temps en temps mais il ne compte pas beaucoup de
buts... Pour un joueur de centre de 9 ans et surtout pour Samuel qui
voudrait tant faire plaisir à son papa,
c'est catastrophique.
C'est catastrophique
parce que son papa n'a de cesse que Samuel soit le meilleur. Parce que son
papa le harcèle, lui crie après pendant les parties, fait la moue après la
joute et n'ouvre pas la bouche lors du retour à la maison. Maintenant,
Samuel n’a plus hâte de regarder les parties de hockey avec son
papa parce qu'il ne trouve plus de plaisir à s'asseoir près de lui.
Parce que son papa ne peut s'empêcher de lui
montrer sa déception et de lui répéter que « s'il se tenait au bon endroit,
au bon moment, c'est sûr mon gars que le puck y rentrerait dans le
filet... ».
Samuel voudrait tant
faire plaisir à son papa.
Samuel se sent coupable.
Samuel est malheureux.
marilau

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L’héritage
Il était une fois un splendide et gentil poupon qui fit son
apparition dans la vie de papa ORGUEIL et de maman VANITÉ. Penchés sur le
berceau de leur nouveau bébé, les heureux parents, fiers comme deux paons,
admiraient ce petit être absolument parfait qu'ils avaient mis au monde.
Au moment de choisir le prénom de leur rejeton chéri, papa
ORGUEIL et maman VANITÉ se trouvèrent bien embêtés. Ils passèrent en revue
tous les prénoms qu'ils connaissaient de A à Z mais rien n'y fit. Aucun
prénom ne leur semblait digne de leur petite merveille. Soudain, au-dessus
du couffin apparut dans un bruissement de voiles, la fée ARROGANCE. Elle
murmura ces quelques mots qui changea la vie de l'enfant à tout jamais :
"Si vous prénommez votre enfant
PRÉTENTION, je lui ferai cadeau d'un pouvoir. Vous avez le
choix... Si vous décidez de lui donner un autre prénom, il n'aura comme
pouvoir que ce qui est inné en lui. Mais si vous décidez de le prénommer
PRÉTENTION, le pouvoir qu'il recevra en cadeau sera tellement
grand que nul ne pourra lui résister." Et la fée ARROGANCE disparut
comme elle était venue…
Papa ORGUEIL et maman VANITÉ se regardèrent ahuris et, dans
un accord parfait, arborèrent un grand sourire. PRÉTENTION ! Mais quelle
bonne idée ! Mais comment n'y avaient-ils pas pensé plus tôt ! Et en plus
du cadeau d'un prénom aussi approprié, bébé PRÉTENTION hériterait d'un
pouvoir qui lui permettrait d'avoir le monde à ses pieds ! Quel bonheur !!!
Papa ORGUEIL et maman VANITÉ étaient soulagés d’avoir enfin trouvé un prénom
digne de leur splendeur grâce à la fée ARROGANCE…
Les années passèrent. Papa ORGUEIL et maman VANITÉ
cherchèrent longtemps à travers le comportement de PRÉTENTION, le pouvoir
que la fée ARROGANCE avait promis de lui donner en cadeau. Leur enfant était
à leurs yeux, le plus beau, le plus doué et le plus brillant des enfants de
sa génération mais ils ne voyaient pas de quel pouvoir particulier la fée
l'avait doté. Il est vrai que PRÉTENTION n’avait pas d’amis et que tous ceux
qui l’approchaient devenaient instantanément pédants et hautains, mais les
parents de PRÉTENTION expliquaient cette situation par le fait que leur
enfant se situait bien au-dessus de toute cette racaille méprisable.
Voici un exemple qui illustre bien le don reçu par
PRÉTENTION à sa naissance, cadeau de la fée ARROGANCE et de ses parents
ORGUEIL et VANITÉ. Un beau jour, PRÉTENTION sortit d'un immeuble et fonça
droit devant, le nez en l’air comme d'habitude. PRÉTENTION ne vit pas quelqu'un
qui rentrait à la maison après une dure journée de labeur.
Quelqu'un arrêta net son élan ce qui eu pour effet de lui faire perdre
l'équilibre. Pour éviter la chute, il s'agrippa à PRÉTENTION qui lui jeta un
regard condescendant et qui se dégagea prestement pour continuer sa route.
Ébranlé, quelqu'un reprit ses esprits et ressentit un malaise qu'il attribua
au choc de la collision. Hélas depuis ce temps, quelqu'un est sous le
pouvoir maléfique de PRÉTENTION. Il voudrait bien s'en défaire et ne plus
avoir à traîner ce poids qui devient de plus en plus lourd. Mais le pouvoir
de PRÉTENTION est tel que toute tentative pour y échapper est vouée à
l'échec. Toute sa vie, quelqu'un sera sous le joug de PRÉTENTION. Toute sa
vie, quelqu'un vivra avec dédain et complaisance. Toute sa vie, quelqu'un
montrera ses crocs à qui l’approchera…
Ainsi est
l’héritage des parents
Qui de leurs enfants font des rois
Par l’exemple des comportements
Pour toute la vie on porte en soi
Texte de
marilau inspiré du personnage PRÉTENTION créé par
nonise


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« Il chantait les
aspects des paysages selon les saisons ; il chantait les êtres qu’ombrage le
mont témoin de son enfance et de sa jeunesse ; il disait la vaillance et la
foi des ancêtres, les angoisses du présent, les problèmes de l’hérédité, du
tiraillement de l’âme de ses rudes compatriotes. »
Alfred Desrochers, Œuvre poétiques, Montréal, Fides, 1977.
Lettre à un père inconnu
Que chantais-tu toi
ce père que je n’ai pas connu ? Quelle était ta mélodie de vie? Toi papa,
mort au temps de l’enfance où une petite fille affirme sa féminité dans les
yeux de ce premier homme aimé. Toujours et à jamais aimé… Toujours et à
jamais désiré… Toujours et à jamais recherché... Ce mot PAPA qui a si peu
franchi mes lèvres et qui a si peu marqué mes souvenirs. Qui serais-je si
je t’avais connu ? Peut-être une autre quête que celle de l’inaccessible
qui est encore et toujours la mienne.
Tes yeux… Comment
étaient tes yeux ? Quel regard portais-tu sur ta vie ? Sur ton époque ?
Je les imagine perçants, curieux, insistants. Ta voix… Quelle sonorité
avait ta voix ? Je l’imagine grave avec des mots choisis. Je l’imagine
rauque avec des mots profonds. Tes mains… Quelle chaleur avaient tes mains
? Je les imagine grandes, fortes, rassurantes, apaisantes. Qui étais-tu ?
Tu es mort géant dans
mon cœur. Entouré de mystère et nimbé de perfection. Je te cherche dans
tous les hommes aimés. Celui qui s’éloigne m’attire. Celui qui s’absente
me hante. Je pense à lui. Je me languis de sa présence. Je souffre de ses
silences…
Toute ma vie,
j’attendrai ton retour.
Toute ma vie, je chercherai ton amour.
Je suis marquée à
jamais par ton départ. Une journée, j’étais blottie dans tes bras. Le
lendemain, tu n’étais plus là. Trou au cœur…
«…les angoisses du
présent…du tiraillement de l’âme…». Quelles étaient tes angoisses, papa
? Quels étaient tes tourments ? Et ta joie ? Où trouvais-tu ta joie ?
Dis-moi ?
Le tiraillement de
mon âme a un nom : le tien.
Hier, aujourd’hui et
pour toujours…
marilau


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Belle, articulée et majestueuse
L'univers de mon
enfance a été marqué par une éducation monoparentale. Pour la petite fille
que j’étais, ma mère était l’unique représentante de l'autorité, de
l'exemple et du modèle à suivre. Elle me parlait peu, trop occupée à
travailler pour gagner sa vie et la vie de sa ribambelle d'enfants. Trop
occupée à nettoyer, nourrir et organiser le quotidien de tous et chacun.
Trop occupée à faire son devoir comme on le lui avait appris.
Je l'admirais à
distance…
Belle…
Dans
le village de mon enfance, je suis assise sur un parapet qui longe la rue où
j’habite. Je vois venir au loin une femme habillée de la couleur du
deuil. Elle marche tranquillement, trop tranquillement, le regard
perdu dans ses pensées. Son travail terminé, elle rentre chez elle
pour entamer la deuxième partie de sa journée. Je la regarde à son
insu et je la trouve triste et belle. Arrivée à quelques pas de moi,
elle remarque ma présence et me tend la main. Je blottis ma petite
menotte dans la chaleur de ma mère.
Je vois encore sa main
aux longs doigts fins...
Articulée…
J'avais la
fascination de son discours. Ce don qu'elle possédait pour raconter quelque
anecdote familiale. Ces mots qui sortaient en pétarade et tout en
inflexions. Les souvenirs qui émergeaient de sa mémoire la faisaient rire ou
s'attendrir. Ma mère possédait un don de conteuse mêlé à un talent de
comédienne qui n'a jamais été exploité. Elle avait un souvenir vif des
détails de son passé qu’elle nous relatait à répétition sans se lasser.
J’entends encore sa voix me raconter...
Majestueuse…
Grande et élégante…
Assise près de ma mère dans un banc d'église, je caresse la manche de son
manteau de fourrure qui change de couleur au gré du va et vient de ma main.
Coiffée d'un chapeau extravagant à mes yeux d'enfant, ma mère avait fière
allure. Déguisée et imposante… Majestueuse costumée en statue de la liberté ou
effrayante maquillée en punk, une douce folie l'habitait. Avec l'intention
d'animer et de faire rire, elle aimait tenir le haut du pavé et être le
centre d'attraction entourée des siens.
Je m'inspire encore de sa témérité…
J'ai connu l’épouse
éplorée, la mère dévouée, la vieillarde effrayée. Façonnée par son
époque et son éducation, je sais son sens du devoir, ses
valeurs reçues et sa peur de l'inconnu. Mais j’ai peu connu la femme...
Sa créativité et son essence profonde... Il m’aurait fallu plus de temps pour
encore l’apprendre... Pour mieux la comprendre… Pour encore mieux l’aimer…
Toujours en moi
précieuse
Ma mère…
Belle, articulée et majestueuse
marilau


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Souffle au cœur
Elle ne sait pas pourquoi il est venu vers elle. Elle l’a
reçu comme une bouffée d’espoir... Espoir de passion brûlante, d’amour
partagé, d’amitié confiante... Espoir de rencontrer l’autre bien dans
sa vie. L’autre qui deviendrait chaleur d’un jour pour mieux habiter
la semaine. Elle imaginait les activités improvisées, les discussions
animées, les soirées théâtre, les après-midi cinéma. Elle rêvait de
tête-à-tête pour la discussion, de musique pour la séduction, de chandelles pour la
passion…
Il lui a dit « affinités ». Elle lui a dit «attirance ». Elle
était femme de mots mais en sa présence, elle respectait ses silences. Elle
suivait le rythme de sa cadence. Le temps d’un été, elle a cru à la
romance. À la dernière rencontre, il lui a dit son plaisir de la soirée
passée ensemble. Blues au cœur… Puis, le silence est devenu plus lourd que
l’absence. Si lourd le silence de l’attente. Les mots bloqués à mi-parcours
de l’aller-retour. Mutisme… Incompréhension…
Elle n’a rien su de lui. Ses questionnements resteront sans
réponse. Qui était-il ? Qu’espérait-il ? Quelles étaient ses souffrances
? Ses espérances ? Mystère plus opaque que la nuit. Paroles échangées plus
légères que les feuilles d’automne. Cet automne qui a fait fuir le rêve.
Elle n’a pas su pourquoi il est venu vers elle. Elle ne saura
jamais pourquoi il est reparti.
Bouffée d’espoir...
Soupir secret...
Courant d’air...
Souffle au cœur...
"C'est par le
murmure que l'étang devient une prison pour le fleuve." Jacques Brel
marilau
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La
première neige
Il neige en cette
belle matinée d’hiver. Une poussière de neige légère qui virevolte dans
l’air et se laisse porter par le souffle du vent. Une neige immaculée comme
tout ce temps devant nous qui n'a pas encore été vécu, qui n'a pas encore
été coloré. Comme la toile blanche du peintre avant qu'il ne fixe une image
qui viendra la situer et la définir.
J’aime l’hiver. J'aime la lumière à l’intérieur
quand tout est blanc à l’extérieur. J'aime me terrer dans mon cocon les
pieds bien au chaud quand dehors siffle le vent d’hiver. Je me sens comme
une ourse en hibernation à l’intérieur de sa tanière confortable.
J’aime l’hiver. J’aime la promenade après la tempête quand le
calme est revenu et que plus rien ne bouge. J'aime la pureté de l’air et le froid piquant sur les joues, bien
emmitouflée dans mes vêtements chauds. J’aime chausser les raquettes et me
promener dans la nature, heureuse d’accompagner ces milliers de flocons qui s’épuisent
autour de moi.
Lorsque j'étais
enfant, la première neige signifiait de nouveaux bonheurs pour les mois à
venir. Les mains de ma maman couveuse qui boutonnait mon manteau, enfonçait
ma tuque sur mes yeux, nouait mon foulard sur mon nez, poussait fort sur mes
bottes en caoutchouc avec l’attache sur le côté et enfilait mes mitaines
jusqu’au-dessus des manches de mon manteau… La petite boule de neige que
nous roulions pour en faire un gros bonhomme joyeux avec son sourire caillou
et son nez carotte... La traîne sauvage où nous nous entassions pour
dévaler les pentes pendant des heures... Ces grands rectangles blancs de
neige épaisse et moelleuse qui séparaient les rangées de maisons tels
d'immenses morceaux d’ouate dans un écrin d'objets précieux... Le goût de
cette neige pure que je dégustais tout le long du chemin que j'empruntais
pour me rendre à l'école... Cette effervescence qui animait professeurs et
élèves d'un souffle nouveau... Et surtout, le bonheur de me sentir en
sécurité dans la maison avec toute ma famille quand la nature se déchaînait
à l’extérieur.
Il neige en cette
belle matinée d’hiver. De gros flocons s’écrasent sur les arbres et
recouvrent d’un épais manteau tout ce qui est au sol. Dans quelques
heures, les amateurs de sports d’hiver s’en donneront à cœur joie et les
joues des petits et des grands rougiront de plaisir.
Le nez à ma fenêtre
je regarde tomber la neige et pendant un bref moment, je retrouve l’émotion
des bonheurs anticipés de mon enfance. Car le secret de toute cette neige
qui tombe du ciel n’est-il pas dans l’émerveillement de voir ressurgir pour
quelques instants le petit enfant en soi ?
marilau


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Un conte de Noël
Léo a 72 ans et il
est triste. Pour la première fois de sa vie, il est seul en cette journée de
Noël. Sa femme est décédée il y a quelques mois et son fils vit à l’autre
bout de la planète. Benjamin de sa famille, Léo n’a plus ni frère, ni sœur
et ses neveux et nièces ne se préoccupent pas de cet oncle qu’ils
connaissent peu. Jamais il n’aurait pensé survivre à sa compagne de
vie. Pendant plus de 45 ans, ils ont tout partagé. Les inévitables
désillusions de la passion qui s’use et l’incomparable réconfort de la
tendresse qui s’installe. Ils ont vécu quelquefois le pardon mais toujours
l’amour… Depuis quelques années, ils s’étaient installés dans une routine
confortable fait de petits gestes anodins qui ne deviennent importants que
lorsqu’ils ne se vivent plus. Léo habite toujours la maison qu’il a
partagée avec sa femme. Sa santé est bonne et il ne se résout pas à tout
vendre pour déménager dans un de ces centres pour personnes âgées. Léo se
sent jeune. Dans sa tête, il a toujours 50 ans…
En cet après-midi du 25 décembre, Léo est soulagé de ne pas voir la neige
tomber. Le temps gris et le paysage morne accompagneront sa mélancolie lors
de sa marche quotidienne dans les rues de son quartier. Comme d’habitude,
le trajet de Léo l’amène devant la devanture du restaurant Chez Pauline.
Dans cet endroit devenu familier depuis qu’il est seul, Léo retrouve chaleur
et humanité dans les yeux de la propriétaire des lieux. Pauline est depuis
des années l’hôtesse de ce charmant restaurant situé tout près d’une jolie
rivière. Quand Léo recherche compagnie et réconfort, il va Chez Pauline non
pas uniquement pour la qualité de la nourriture et le pittoresque de ce
petit resto sympathique, mais surtout pour l’assurance de retrouver le
sourire de son hôtesse.
À plusieurs reprises depuis quelques mois, Léo
s’est demandé si Pauline connaît le pouvoir de son sourire sur les estropiés
de la vie qui fréquentent son restaurant. Pauline est heureuse
d’accueillir, empressée de servir et offre une oreille attentive aux
moindres petits propos. Elle écoute, la main posée sur l’épaule et lève un
sourcil d’étonnement aux nouvelles qu’on lui donne. Elle est là, présente
et accessible. Tous les visages qui tissent la toile de ses jours sont
beaucoup plus pour Pauline que de simples clients. Ils sont l’autre. Elle
leur transmet sa joie de vivre sans réserve et leur apporte nourriture et
rayon de soleil. Elle rayonne et réchauffe. Elle ne connaît pas
l’indifférence et ne fait aucune différence.
Elle nourrit le corps et le cœur.
Pauline fait du bien...
En ce jour de Noël,
Léo est certain de trouver le restaurant de Pauline fermé. Quelle n’est pas
sa surprise d’apercevoir au loin la vitrine toute illuminée et des ombres
bouger à l’intérieur. Il s’approche et ouvre tout doucement la porte de
l’établissement. Pauline est là… Elle avance tous sourires, lui souhaite un
Joyeux Noël, prend son manteau et lui offre une chaise. Chaleureuse
Pauline… C’est à ce moment-là que Léo s’aperçoit que les tables ne sont pas
disposées comme d’habitude et que tous les gens présents semblent bien se
connaître. Léo s’informe. Il n’a pas vu l’écriteau Fermé sur la
porte. Pauline a réservé le restaurant pour les membres de sa famille mais
n’a pas verrouillée. Accueillante Pauline… Elle se doutait qu’il y aurait
une possibilité que ses habitués solitaires viennent vers elle. Elle a
gardé sa porte et son cœur ouverts. Unique Pauline…
Léo ne sera pas seul
en cette journée de Noël. Chez Pauline n’est pas uniquement une nécessité
pour sa propriétaire mais un prétexte pour accueillir les écorchés vifs et
réchauffer et les cœurs solitaires.
Le
sait-elle Pauline, le pouvoir de son sourire ?
Je
souhaite à tous ceux et celles qui seront seul(e)s la journée de Noël
de connaître une Pauline et d’avoir le courage de frapper à sa porte…
Elle vous ouvrira…
Joyeux
Noël !
marilau


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L'harmonie du battement des coeurs
Depuis que ma
fille a exprimé le désir d'avoir un enfant, je t'ai espérée toi ma
petite-fille... J'ai essayé de mon mieux d'être présente dans toutes ces
tentatives infructueuses afin que ta maman puisse porter dans son ventre
cet enfant quelle désirait tant. Il y a eu beaucoup de pleurs et de
déceptions avant que ton papa et ta maman prennent la décision d'aller te
chercher à l'autre bout du monde... Les mois s'additionnaient et devenaient
des années où l'attente de ce qui vient de soi a laissé la place à l'attente
de ce qui vient d'ailleurs. Dès l'instant où j'ai su que ta maman était
"enceinte" de toi, je t'ai aimée. J'ai d'abord aimé l'idée que j'avais de
toi, puis j'ai aimé ces quelques photos prises dans un orphelinat lointain
vite usées de trop de regards. Ton joli minois a orné la cime de mon petit
arbre de Noël tout illuminé de rouge comme la couleur de ce pays qui t'a vue
naître. Ensuite, il y a eu l'anxiété et la fébrilité du départ. Ce long
voyage vers toi... Cet immense privilège pour la mamie que je
suis... Quelque part dans cet avion, le temps s'est accéléré pour aller plus
vite à ta rencontre.
Dans l'autobus qui
nous menait vers le Centre d’Adoption, notre guide chinois prodiguait ses conseils
aux futurs parents. Il expliquait l'importance d'utiliser le porte-bébé
plutôt que la poussette pour
favoriser l'harmonie du battement des coeurs... Il nous a aussi appris que
ton nom chinois voulait dire Faveur. Ta maman était émue... Tout autour de nous n'était qu'émotion... Et lorsque nous
nous sommes retrouvées dans la salle d'attente, tes parents assis et
moi debout, ta maman et moi avons
échangé un long regard d’incrédulité face à ce moment enfin arrivé...
Et puis très vite, on a nommé le prénom de
tes parents et tu étais là... Tout de suite, tu t'es insérée entre ta maman
et ton papa. Tu étais le puzzle qui manquait à leur vie. Tu les as
regardés à tour de rôle de tes grands yeux profonds. Je te rassure, tu as
de bons parents. Et autour d'eux, une belle grande famille qui t'aimera
comme tes parents ont été aimés.
Depuis que tu es là, le bonheur s'est
installé... Tu nous offres ton grand sourire et tes yeux curieux. Ta maman
dit que le bridé de tes yeux sert de rigoles à tes larmes. Tout de suite il
y a eu une connexion d'amour entre ton papa, ta maman et toi.. Que tu sois adoptée
ne change rien... Tu es tes parents… Tu es nous… Tout de suite, nous avons
été conquis par ton sourire, ta personnalité, ton regard et tes mimiques.
C'était inévitable que tu sois avec nous. Que tu sois l'une de nous...
Je retranscris ici
les quelques mots que j’ai fait parvenir à la famille et aux amis, le
lendemain de la journée où tu es née à nous.
Que vous dire !
Qu'elle est belle...
Qu'elle est éveillée...
Qu'elle est curieuse...
Qu'elle est adorable...
Qu’elle suscite autour d’elle beauté et pureté...
Que je suis conquise...
Qu’il est impossible de lui résister…
Que je suis émue à toutes les fois que je la regarde
et je la regarde
souvent...
Que de voir ma fille comblée et heureuse est un grand bonheur...
Que j’ai devant les yeux un trio d'amour beau à voir...
Que je suis privilégiée de vivre cette merveilleuse aventure avec eux...
Que le miracle de la naissance opère toujours :
le moindre petit sourire, le
moindre son ou encore un simple haussement de sourcil et nous voilà tout
attentif, tout ébahi, tout émerveillé devant ce commencement de bout de
vie...
devant ce qui sera une évolution à suivre, à observer, à guider et à
aimer...
Est-ce possible que déjà tu nous
enseignes la résilience ? Cette capacité de rebondir et de faire face à une
difficulté ou à un stress important de façon efficace? Tu as vécu plus
de neuf mois en orphelinat et depuis, tu abordes ta nouvelle
vie avec, je dirais, sérénité. Tu réagis quelques fois avec force aux
événements ou aux situations qui ne te plaisent pas mais très vite, tu
retrouves ta joie de vivre. Tu es un modèle de confiance en la vie...
Je
ne suis pas la première à être mamie mais pour moi,
c'est la première fois.
Je suis et je serai constamment émerveillée et reconnaissante
lorsque mon regard se posera sur toi.
Je remercie la femme qui
t'a mise au monde
et les circonstances qui ont permis que tu viennes à nous.
Je remercie la chance que le jumelage avec tes parents soit si parfait.
Je remercie la vie toujours et encore pour cet autre bonheur
qu'elle me permet de vivre.
Un enfant apprend
beaucoup par le regard qu'il porte sur les autres...
Faveur, petite perle de Chine toute précieuse...
J'espère que tu conserveras toujours ce regard pétillant
sur la vie qui
t'entoure...
Je... t'aime !
marilau


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Comme deux poissons dans l'eau
« Aquarium ! »,
suggéra-t-il. Dubitative, elle le regarda. Pas certaine qu’elle était de
vouloir s’occuper de petits poissons exotiques qui n’auront de cesse de les
observer toute la journée, la bouche ouverte et l’œil glauque. « C’est
l’endroit idéal » continua-t-il en désignant le meuble tout au bout du
couloir. « Ça manque de vie dans cette maison. Un chat, c’est trop
collant, un chien trop encombrant, pourquoi pas quelques poissons pour la
couleur et pour le mouvement ? » À contrecœur, elle acquiesça. Elle ne
pouvait rien lui refuser. Il était son amour et depuis peu, son tout jeune
mari. Première maison d’une première vie à deux pleine de rêves et de
soleils… Elle accepta d’aller avec lui acheter cet aquarium mais uniquement
pour lui faire plaisir. Presque aussitôt, il dénichèrent ce qu’ils
cherchaient. Un aquarium en forme de grosse coupe à cognac avec comme
couvert, une coquille jaune et son ampoule. Vite ! on achète le kit au
complet : filtreur, décorations, roches de fond, vidangeur et deux petits
poissons de couleur…
Revenus à la maison, il lui demanda de ne pas assister au montage
et au remplissage de l’aquarium pour qu’elle puisse mieux juger de l’effet
lorsque le tout serait en place. Il voulait lui prouver ainsi que son idée
était bonne et qu’il avait eu raison. Il se mit donc à l’ouvrage et
quelques minutes plus tard, la grosse coupe de cognac était devenue le plus
bel habitacle qui pouvait exister pour accueillir ses premiers occupants.
Et hop ! les deux petits poissons de couleur abandonnèrent leur sac de
plastique temporaire et nagèrent à la découverte de leur nouvel univers…
Il contempla le tout et, satisfait, alla la chercher à la cuisine,
lui prit la main, lui demanda de fermer les yeux et l’amena près du meuble
tout au bout du couloir où trônait maintenant la fameuse coupe de
cognac-aquarium. « Tu peux ouvrir les yeux », dit-il enjoué ! Elle les
ouvrit et s’exclama : « C’est magnifique ! » Oui, c’était vivant. Oui, il
avait eu raison… Mais ce qu’elle ressentait à cet instant même n’était pas
uniquement le ravissement devant cette coupe devenue un aquarium de
couleurs, ce qu’elle ressentait à cet instant même, c’était un immense élan
d’amour vers cet homme qu’elle avait choisi. Elle le regarda attendrie et
lui sourit…
À cet instant même, l’amour a englouti les mots…
À cet instant même, ils se sentaient comme deux poissons dans l’eau…
La
morale de cette histoire : Quand un amour ou un(e) ami(e) n’est plus dans
ta vie, souviens-toi non pas du moment où l’aquarium de couleurs s’est brisé
en mille éclats, mais plutôt de l’instant même où côte à côte, vous l’avez
admiré ensemble pour la première fois…
marilau
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De plus en plus
Son quotidien est fait de
petits gestes qui constituent la trame difficile de sa journée.
Aussitôt les yeux ouverts, elle économise ses faibles forces en prévision
d’une autre longue journée à vivre. Depuis que son corps usé ne
lui obéit plus, depuis que son corps fatigué ne l’écoute plus, chaque jour
est un défi. Un everest quotidien...
Elle pose un à un ses
pieds sur le petit tapis qui longe son lit et aidée de ses deux mains, se
lève lourdement. Pesamment. Son corps répond de moins en moins à
sa volonté. De plus en plus difficile de faire sa toilette, de
s’habiller et de se rendre à la salle à manger de la résidence où elle
demeure, soutenue par cette marchette qui ne la quitte plus. Elle
n’accepte pas ce corps lourd qui l’encombre et l’empêche d’être ce qu’elle
est. Qui l’empêche de vivre ce qu’elle veut. L'âme ne vieillit
pas au même rythme que le corps. Elle aurait encore tant à lire, tant
à apprendre, tant à comprendre, tant à vivre. Entre chaque effort,
elle se repose. Entre chaque effort, elle se décourage. Encore
la semaine dernière, son corps lui a envoyé un autre signe de déchéance.
Sa vue faiblit au point où elle a maintenant besoin d’une loupe pour lire
les petits caractères de son journal quotidien. Un autre rendez-vous à prendre.
Sa vie n’est plus que visites chez son médecin ou chez un quelconque
spécialiste. Et à chaque fois, elle doit demander à sa fille de
l'accompagner. Elle n’aime pas mais comment faire autrement ?
Toute sa vie, elle s'est fait un point d'honneur d'être autonome en tout.
On admirait sa personnalité indépendante et libre. Maintenant, elle
pratique l’humilité de demander. Elle se retient pour ne pas trop
remercier. C’est sa façon à elle de garder sa dignité. C’est sa
façon à elle de croire que l’irréversible ne le sera pas. Chaque
jour, son corps lui donne de plus en plus des signes de déchéance.
Chaque jour, la vie est de plus en plus amère. De moins en moins de
jours de répit...
Aujourd’hui, elle se dit
que de mourir ainsi à petits deuils, de perdre peu à peu la qualité d'une
vie qui fuit, elle se dit que c’est bien. Elle se dit que l'idée de sa
mort prochaine sera de moins en moins effrayante. De plus en plus
délivrance. De plus en plus espérance.
Le corps, son ennemi...
Le temps, son allié...
De plus en plus...
marilau
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Immobile
Je
suis là, immobile, à goûter pleinement des instants de bien-être... Une
musique relaxante flotte autour de moi et j’entends le pas feutré de celle
qui m’a enveloppée d’une douce couverture chaude après m’avoir enfilé les
longues bottes gonflantes requises pour cette séance de pressothérapie. Un
puits de lumière laisse percer un rayon de soleil dont le bout de la flamme
me caresse la joue…
La
journée fut exquise… Elle a débuté par un petit déjeuner-santé servi
dans la salle à manger qui réunissait des curistes, tous bien emmitouflés
dans leur peignoir confortable. Sourires timides,
conversations à bâtons rompus, amabilité du personnel… Heureux préludes aux
soins à venir.
Premier traitement, l’enveloppement aux algues. Confort et chaleur d’un
cocon douillet. Pensées qui disparaissent peu à peu pour réapparaître
plus étincelantes, enrobées de la douce luminosité d’un rai de lumière.
Puis, perte de conscience jusqu’au moment où la préposée revient sur la
pointe des pieds pour me ramener à une moelleuse réalité.
Du
calme des algues, on passe au vacarme du bain hydromasseur. Jets puissants
pour réveiller et revigorer. Bouillonnement aux huiles essentielles pour
stimuler les sens et favoriser le réveil.
En
sortant du bain, quatre mains expertes me prennent en charge pour un massage
divin. Bonheur de livrer ainsi son corps à des bras tentaculaires et de
s’abandonner sans réserve à la délivrance des points de tension et à la
libération des muscles endoloris. Moments de pure extase à flotter
dans un semi-coma, partagée entre le plaisir du moment présent et le
regret du temps qui fuit.
Demain, les délices d'un massage sous la pluie. Bruit de l’eau sur la peau…
L’impression d'échouer sous les gouttelettes d'une chute, les yeux fermés, à se
faire dorloter.
Et
d’autres jours à venir pour profiter encore des douceurs de la cure,
des soins esthétiques, de la piscine à l'eau de mer chauffée et de quelques
bonnes lectures...
Séjour au paradis
Toujours réussi
Dès l’aurore
Soins du corps
Journées de silence
Moments d’absence
Repas savourés
Énergie retrouvée
Pour flotter entre
ciel et terre
À Carleton au Centre Aqua-Mer
marilau
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La mer
Au
petit matin, la mer a abandonné la grève et j’erre seule, cherchant malgré
moi, parmi cet amas de roches, ma vie que j’ai perdue.
Où suis-je ? Nulle part.
Que fais-je ? Rien.
Où vais-je ? Je ne sais plus.
Devant la mer, je vois une immense terre de roc et de grisaille opaque,
comme la longue cape noire qui m’enveloppe. J’ai voulu m’éloigner de tous
mes repères et j’ai choisi la mer pour retrouver ma terre. J’ai voulu fuir
ce qui me faisait mal mais la blessure me poursuit implacable. Mon cœur
saigne de l’amour qui n’est plus. Je lève les yeux et je regarde au loin.
Ma ligne d’horizon se perd dans le brouillard du matin. Je ne la vois
plus. Je resserre mon col. J’ai froid, je suis transie. Le vent vif de
l’automne aide mes yeux à laisser échapper ses larmes...
Personne ne me délivrera de ma prison. Je suis enfermée à double tour,
cadenassée à la beauté qui m’entoure. Mes yeux sont tournés vers
l’intérieur et mes poings fermés sur mon malheur. Il n’est plus là pour me
serrer dans ses bras. J’ouvre ma main vide de sa main. Cette voix chaude
qui me faisait vibrer, murmure encore à mon oreille. Je ferme les yeux et
je penche un peu la tête pour garder captifs les mots dits au temps de
l’amour. Son prénom chuchoté tant de fois, résonne en moi comme une plainte
lancinante. Je m’arrête et je respire pour dénouer l’angoisse, pour
repousser l’abîme, pour retrouver le souffle. Je suis seule avec la mer.
Solitude face à plus grand que soi. Solitude devant le mystère. Solitude
devant les pourquoi. Je dérive dans un non-lieu d’écume et de ressac. Je
laisse le bruit de la mer m’envahir et me transporter dans un va-et-vient
réconfortant. Je m’offre au vent du large et je m’abandonne au temps qui
passe.
Peu
à peu, l’odeur de varech me ramène à la réalité. Mes sens reprennent vie.
Le soleil se lève et redéfinit ma ligne d’horizon. Je desserre les poings,
j’entends la vague et je respire la mer… Je regarde le ciel et je peux enfin
apercevoir un minuscule rayon de lumière au bout de mon âme…
Où suis-je ? Ici.
Que fais-je ? Je vis.
Où vais-je ? À ma rencontre…
marilau
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L’appel des mots
Soudain, un livre m’interpelle par sa
jaquette rouge et son titre en lettres dorées. L’attirance de l’éclat. Je
le prends, je lis le nom de l’auteur et le résumé de l’histoire sur la
quatrième de couverture… Inintéressant... Preuve qu’il ne faut pas se fier
aux apparences et que souvent, livres et humains se révèlent comme un trésor
enfoui sous une enveloppe anonyme.
Je
continue ma recherche dans les allées de la bibliothèque. J’aime ce lieu.
Je me sens bien, entourée de tous ces livres. J’aime leur odeur. Je
caresse le livre comme un objet précieux. Avant de découvrir les mots, je
tâte, je feuillette, j’effleure, j’anticipe. Joie de la découverte d’un
univers différent du mien. Plaisir de la phrase qui s’installe, du mot qui
arrête, de la pensée qui se reconnaît, de l’histoire qui captive et du rêve
qui habite.
Quand j’étais toute petite, les premiers livres que j’ai lus ont été les
aventures de Tintin. Tintin le reporter qui m’a fait parcourir le monde et
découvrir l’audace. Plus tard à l’adolescence, j’ai dévoré la série des
Sylvie qui comblait mes rêves de jeune fille en quête d’amour et
d’identité. Au fil des ans, mon éventail d’auteurs s’est diversifié et j’ai
fait la connaissance des Marie Laberge, Françoise Giroud et autres auteurs
français et québécois qui ont nourri mon intellect et alimenté mon
imaginaire.
Cet
amour des mots s’exprime aussi par ce besoin d’écrire que j’ai depuis
toujours. Les mots écrits se révèlent successivement bouées de sauvetage,
réponses aux questions et besoin de communication. L’écriture console de
l’amour blessé, explique l’amitié menacée et accompagne la paix retrouvée.
Offrir à l’autre les mots qui m’animent est un geste de confiance livré dans
un esprit de vulnérabilité et de doute. J’écris parce que je recherche une
certaine vérité pour mieux comprendre mes motivations et celles des gens et
des événements qui m’intéressent. C’est aussi un besoin de reconnaissance
dans un partage que j’espère apprécié et réussi…
Lire ? Cultiver ma réflexion, découvrir une pensée différente de la mienne,
explorer une autre façon de vivre et me faire surprendre par une émotion
nommée ou par une histoire racontée.
Écrire ? L’obsession de trouver le mot exact pour traduire ma pensée,
exprimer le résultat de mon observation ou l’évidence d'une émotion pour le
seul besoin de comprendre et le pur plaisir de communiquer.
L’appel des mots ? Un refuge contre l’ennui et une passion qui me nourrit…
marilau
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Elle
tricotait
Elle tricotait le soir sous la lumière crue de la lampe, en se berçant tout
doucement pour ne pas laisser échapper une maille de son tricot. Elle
tricotait serré, comme elle avait vécu. Les lèvres pincées pour ne pas
perdre une maille de sa vie, concentrée pour bien faire ce qu’on lui avait
appris. Au bout de chaque rang terminé, elle esquissait un léger sourire,
heureuse de voir son ouvrage avancer. De temps à autre, elle jetait un
rapide coup d’œil sur le patron pour s’assurer que sa création ressemblait
au modèle illustré sur le papier. Quand par mégarde elle échappait une
maille, elle s’empressait de corriger l’imparfait, satisfaite de refaire
avec ses doigts ce qu’elle ne pourrait jamais refaire avec sa vie. Elle
travaillait minutieusement, avec application pour que les choses se fassent,
car l’important pour elle était de voir les événements de sa vie maîtrisés
comme ce besoin qu’elle avait de voir ses enfants se réaliser tel qu’elle
l’avait imaginé…ou espéré. Geste après geste, maille après maille, elle
travaillait jusqu’à ce que la pièce soit terminée, jusqu’à ce que le devoir
soit accompli.
Petite, je m’assoyais près d’elle pour observer le ballet de ses mains sur
son tricot. J’admirais ses longs doigts fins courir sur les aiguilles et
qui ne s’arrêtaient que pour ponctuer une remarque ou tirer sur une laine
emmêlée. Parfois, elle fredonnait une chanson d’antan mais la plupart du
temps, elle racontait un souvenir de sa vie passée en y insérant plein de
détails comme elle seule savait le faire. Les souvenirs affluaient alors au
même rythme que la voltige des aiguilles sur son tricot. J’aimais observer
ses mains... Elles représentaient chaleur, réconfort, habileté, force et
courage. Elles étaient ma maison, mon foyer, ma sécurité, là où j’aimais me
retrouver. Lorsque sa création était terminée, elle en recommençait une
autre car elle ne connaissait pas l’oisiveté, toujours active comme la reine
abeille dans sa ruche. Toutes ces heures où j’ai observé ma mère monter les
milliers de mailles de tous ces ouvrages qu’elle a tricotés, ont tissé le
canevas de certaines des valeurs qu’elle m’a léguées… La satisfaction du
travail bien fait et l’importance de terminer ce que l’on a commencé.
Et
puis tranquillement, implacablement, sont arrivées les années où les mailles
de sa vie ont filé une à une... Quand son corps n’a plus su, quand ses yeux
n’ont plus vu, ses mains sont devenus inutiles… Elle n’a pas accepté… C’est
alors que le tricot de son existence s’est emmêlé à tout jamais sans
qu’aucun de nous n’ait pu trouver la trame d’une fin de vie qui
s’effiloche. Car, malgré la patience et l’amour, l’ultime ouvrage de ma
mère s’est terminé à l’envers… Dans la pénombre et la douleur… Sans guide et
sans mode d’emploi…
marilau
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Une
autre sorte de mère
Quelle drôle de mère c’était ! Je l’imagine encore entourée | |