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    Récits de vie

         pour une plongée dans l'émotion...

Chalet en ville

En bandoulière

Ils s'aimaient

Effluves de bonheur

Simone la démone

Charabia

Pot de peinture

Ma poupée

(S')anéanti(r)

L'histoire de Samuel

L'héritage

Lettre à un père inconnu

Belle, articulée...

Souffle au coeur

La première neige

Un conte de Noël

L'harmonie du battement...

Comme deux poissons...

De plus en plus Immobile La mer
L'appel des mots Elle tricotait Une autre sorte de mère
Alexis Les billets doux Cauchemar
     

Chalet en ville

 

En plein cœur de la ville, par un bel après-midi ensoleillé, elle décide de réintégrer son logement pour s’y réfugier et s’y cacher, fuyant les assauts de la ville et de sa vie… 

 

Aussitôt la clé dans la serrure, elle ressent une paix l’envahir doucement.  Elle referme derrière elle.  Enfin ! Personne pour l’agresser, personne à qui concéder sa liberté.  Face à elle-même, libérée des concessions et des contraintes. 

 

Aujourd’hui, le printemps timidement pointe le bout de son nez.  Les foulards se dénouent, les cols s’entrouvrent et les mains se libèrent.  Douceur du printemps… Aujourd’hui, elle baptise son havre de paix, chalet.  Hier, il était bunker et demain il sera oasis… Chalet de repos pour alléger le fardeau des tracas quotidiens.  Car même si le printemps dessine des sourires sur les passants, elle ressent l’urgence de s’éloigner du bruit et du fracas de la compétition.  Travail épuisant, exigeant…  Ces centaines de regards croisés qu’elle ressent comme autant de jugements.  Performance, rentabilité, assurance qualité d’une vie qui n’aspire qu’à la tranquillité.

 

Elle est lasse.  Elle s’étire, se débarrasse de ses vêtements d’apparence et se glisse dans une chaloupe de bulles et de silence.  Elle ferme les yeux.  Aucun bruit.  Son chalet ne la trahit pas.  Il sent bon la paresse.  Il est son complice de repos.  Après quelques minutes de flottement, elle s’extirpe et s’enveloppe dans sa sortie de bain en ratine.  Elle se verse un verre de vin et s’assoit sur son petit balcon qui revêt des allures d’immense véranda fleurie.  Elle écoute…  Enfin, elle entend le silence des hommes.  Le bruit des autos au loin devient un fond de vaguelettes qui claquent sur le bord de la rive d’un lac.  La tension l’abandonne peu à peu... 

  

Verre à la main, elle réintègre son refuge pour se ressourcer et se retrouver pendant quelques heures avant de retourner se battre de nouveau dans la jungle du lendemain. 

 

marilau

 

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En bandoulière 

 

Dans mon sac en bandoulière se trouve mon univers.  Je me promène dans les rues de Paris et je suis seule avec mes pas perdus, mon âme vagabonde et une passion profonde.  Que d’heures j’ai passé à préparer ce voyage tant rêvé !  Que d’heures j’ai mis à planifier mon horaire et mes repères !  Dans mon sac en bandoulière se trouve ma trousse de touriste : devises étrangères, carte routière et petits objets qui me sont chers.  Tout est là, collé sur moi, sous l’ombre de mon corps, à l’abri comme un trésor.

 

Il est 10 heures du matin.  Petit déjeuner englouti, je me dirige d’un pas décidé vers la destination de la journée.  Le tracé préparé la veille m’amènera vers l’arrondissement de mon choix.  Enfin Paris !  Je la hume, je la regarde, je l’entends.  La foule hétéroclite me bouscule et je souris.  Je me sens bien dans le Quartier latin !  D’une adresse à l’autre, je déambule de rue en rue à la recherche d’une maison, d’un musée, d’une boutique, d’une librairie, d’une statue, d’un pont, d’un monument.  D’une adresse à l’autre, j’examine, je joue à la voyeuse, je biffe et je repars.  Je connais ces lieux sans y être jamais venue.  Ils m’habitent depuis toujours.  J’entends ma langue au son d’une musique trop remplie de notes.  Je ne rêve plus.  Je vis Paris. 

  

Il est 16 heures, moment de l’apéro.  Je choisis mon coin de café pour observer la faune humaine et incessante.  Je commande un verre de vin et repose mes pieds.  Le bruit des klaxons, la passante avec la baguette de pain sous le bras, l’homme élégant à la mallette, la jeune fille au portable, les petites autos pressées, les motocyclettes qui se faufilent dans la masse des voitures, les vélos au panier à fleurs et au guidon droit… Tout y est !  Je n’ai qu’à déguster et à me laisser imprégner.  Le temps s’étire…  Je suis là, seule à Paris, dans ce café du Quartier latin, des Champs Élysées ou de Montmartre. 

Je me gave.

Je me gonfle.

Je suis repue.

Je me sens bien.

Dans mon sac en bandoulière, il y a mon univers et dans mon cœur, la fierté d’avoir vaincu mes peurs… 

 

marilau

 

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Ils s’aimaient


Sur la piste de danse, ils ne dansaient pas, ils s’aimaient...  Des yeux, des mains.  Deux corps ondulant en un mouvement unique au son d'un tango argentin.

 

Elle, racée, ses jambes longues, ses longs doigts fins effleurant à peine son partenaire, son visage tout près du sien... Robe noire vaporeuse, souliers au couleur de ses lèvres,  paupières lourdes de sensualité,  mouvements de femme éprise au rythme d’une musique venue du sud de soi..  Elle ne vivait que pour le mouvement de son corps et du sien.  Que pour son regard qu’elle saisissait en bougeant un peu la tête.  À peine.  Ses cheveux de jais frôlaient sa joue, voilaient sa vue.  De la soie sur soi.  Plus que jamais, elle.  Les doigts engourdis de passion.  Femme… 

 

Lui, élégant, le dos légèrement courbé, à l'écoute de son pas, envoûté...  Ses yeux d’un bleu métallique ne la quittaient pas.  Il cherchait et recherchait ce moment où ils ne feraient plus qu’un.  Où leurs pas ne seraient plus qu’un seul pas.  Au creux de ses yeux, au cœur de leur rythme. 

 

Un homme, une femme.  Complices pour un court moment.  Unis dans un pas de deux…

 

marilau

 

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Effluves de bonheur

Dimanche d’hiver 

Pour faire cuire les rôtis de veau et de porc des dimanches de mon enfance, ma mère s’ornait de son appétissant tablier coloré qu’elle nouait derrière elle tout en parlant à qui de ses enfants se trouvaient près d’elle.  L’arôme de mes dimanches d’hiver !  La senteur des rôtis qui mijotaient dans leur jus et la chaleur du murmure des conversations feutrées comme le sont la douceur et le calme des paroles échangées les jours de congé.  Le bonheur de mes 10 ans au retour d’une journée à jouer dehors soit en traîne sauvage ou en patins à glace !  Le bonheur de la chaleur de la maison qui prenait d’assaut mes joues gelées et les pinçait de petits picotements de joie !  Je prenais une grande bolée de bien-être en enlevant mes bottes en caoutchouc remplies de neige et en secouant mes mitaines empesées de glace.  Ces dimanches d’hiver, ma mère était à ses fourneaux et à ses enfants.  Heureuse de savoir que toute sa nichée sera là pour déguster le souper préparé… 

Dimanche d’été 

Pour faire cuire ses succulentes tartes aux bleuets, ma mère avait besoin de petites mains.  Mes petites mains qui, à chaque mois d’août, s’agrippaient aux grappes de bleuets pour remplir le seau de ces petits fruits délicieux.  Bonheur d’être à plusieurs dans ces sentiers de montagne à chercher « la » talle des plus gros et des plus beaux !  Bonheur de s’asseoir sur l’herbe fraîche et de savoir qu’il n’y a qu’à tendre le bras pour cueillir  beauté et richesse.  Anticipation heureuse du moment où ma mère découvrira ce trésor.  L’arôme de mes dimanches d’été !  La senteur de la chaleur de la maisonnée qui dégageait des effluves de confort.  Le bonheur de mes 10 ans au retour d’une journée à jouer dans l’eau avec mes amies que je pensais pour la vie. 

La senteur du bleuet ou du rôti qui cuit.
La chaleur de ma mère qui rit.
La senteur de la vie.
La chaleur du bonheur.

marilau

 

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Charabia

 

Tu me regardes sans comprendre et moi je tente tant bien que mal de t’expliquer.  De te livrer ce qui m’habite.  De rendre en mots ce charabia de pensées qui tournent sans cesse dans ma tête comme un manège détraqué. Tu me regardes sans comprendre parce que tu restes renfermé sur toi, replié sur tes pensées, campé comme une statue de marbre, sourd au bruit de ma voix. 

 

Comment expliquer, comment convaincre ?  Les mots sont manquants.  Les mots sont vides.  Les mots sont trop.  Les mots sont vagues.  Vagues de l’âme perdue qui sait déjà que l’amour n’est plus.  Vagues du cœur qui se noie et qui s’accroche aux comment, aux pourquoi.  Charabia de pleurs, charabia de tempête intérieure.  Ma bouche s’active et mon cœur s’épuise.  Ton corps est encore là mais ta pensée n’est plus pour moi.  Je ne sais pas encore que tous ces mots ne servent plus à rien.  Que d’essayer de convaincre veut dire qu’on a déjà perdu.  Qu’avant, il n’était pas nécessaire d’expliquer.  Il suffisait de se regarder et tout était dit.  Quand l’amour est mort, la parole ne porte plus sa douceur.  Elle porte la hache des mots incompris.  Quand c’est l’autre que soi qui n’aime plus, la parole est pressante, la parole est suppliante.  La parole a peur.  Elle retient le temps et devient aveugle à la vérité.  Vérité synonyme d’abandon qui ramène aux douleurs muettes de l’enfance.  Aujourd’hui, les mots sont impuissants face à ce qui n’existe plus. 

 

Tu me regardes sans comprendre et je tente tant bien que mal de t’expliquer que, tout-à-coup, moi j’ai compris. 

 

Elle est triste et vidée d’elle-même.  Elle cherche des balises où s’accrocher.  Elle le regarde et tout ce qu’elle désire c’est toucher sa peau pour atteindre son cœur. 

 

Il détourne les yeux.  Il veut être ailleurs.  Le passé l’empêche de partir mais déjà, il court vers d’autres lieux.  Vers d’autres yeux… 

 

marilau

 

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Simone la démone

 

Simone la démone comme l’appelait ma mère.  Compagne de ses dernières années, Simone apparut dans la vie de ma mère un dimanche de pluie.  Une de ces mauvaises journées où son corps vieilli refusait d’obéir et envoyait des signes avant-coureurs d’une plus grande souffrance à venir. 

 

C’est Sophie, sa petite fille, qui eut l’idée de ce cadeau poilu pour sa grand-maman qui pleurait sa vie perdue.  « Zoothérapie » disait Sophie.  « Grand-maman va aimer Simone.»  Et Simone entra dans la vie de ma mère un peu par la porte de derrière.  C’est que ma mère n’était pas du tout certaine de vouloir hériter d’une telle responsabilité.  « Bien oui, grand-maman » lui disait Sophie.  « Tu ne seras plus seule.  Fais un essai.  Tu vas l’aimer ! »  Ma mère n’avait pas appris à dire non.  Surtout devant les yeux implorants de sa petite fille.  C’est ainsi que Simone la démone devint en peu de temps l’amour de maman.

 

Simone n’avait de démone que la rime car ce fut une union de douceurs, de caresses et de cache-cache.  Car l’imprévisible Simone ne pouvait pas se cacher sous le lit ou dans le fond d’une garde-robe sans que ma mère ne lui ordonne d’en sortir.  Dépendante qu’elle était de cette petite boule blanche !  Jamais un coup de griffe comme si Simone avait deviné la fragilité de sa maîtresse.  Que des câlins... Que des coups de tête sur sa main pour chercher la caresse et des coups de patte sur son bras pour ralentir le pas.  Simone est devenue le soleil des jours de pluie et l’oreille du monologue d’une vie.

 

Avant Simone, ma mère parlait de ses maladies.  Avec Simone, ma mère parlait de… Simone.  Elle était devenue le centre de sa vie, sa confidente et son amie.  Lorsque la maladie se fit plus présente et qu’il fallut que ma mère déménage dans un endroit plus approprié à sa condition, Simone n’a pu la suivre.  Interdit !  À la souffrance du corps s’ajouta un autre deuil.  Le cœur ne vieillit pas au même rythme que le corps. 

 

Je pris Simone chez moi et promis à ma mère de bien m’en occuper et de la dorloter.  À chaque visite que je rendais à ma mère, elle insistait pour que je lui raconte dans le menu détail le quotidien de Simone la démone.  Ses larmes me disaient son ennui.

 

Aujourd’hui, Simone est toujours avec moi.  Et lorsque le soir elle repose sur mes genoux, c’est un peu comme si ma mère était encore là…  tout près de moi. 

 

marilau

 

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Pot de peinture 

Armée d’un pot de peinture et de bonne volonté, elle examine la tâche à accomplir et se sent bien découragée.  Quelle idée d’entreprendre une si grosse corvée !  Quelle idée  de gaspiller une si belle journée à exécuter un travail pour lequel elle est si peu douée !  La couleur de sa vie n’est pas sur les murs.  La couleur de sa vie est dans l’écriture.  Couleurs pastel des mots légers qui voltigent dans sa tête.  Couleurs profondes des émotions qui font la fête sur le papier.  Le courage lui manque… Elle dépose le pot de peinture et remise sa salopette des jours sans couleur.  Elle décide de remettre au lendemain.  Mille excuses.  Mille pardons.  Le ciel est trop bleu.  La terre est trop verte.  La vie aujourd’hui sera rêverie… Demain, le jour sombre de l’ennui et du labeur ! 

Mais sournoise se pointe la honte de ne pas avoir le courage de faire.  Non, non ! Elle doit malgré les mots.  Non, non ! Elle doit faire aujourd’hui.  Elle remet sa salopette des jours sans couleur, reprend le pot de peinture et s’attelle à la tâche avec résignation.  Un peu de musique peut-être ?  Une grande respiration ? Un coup de pinceau après l’autre, elle ne regarde pas plus loin.  Pas le nombre de murs.  Pas le nombre d’heures. À la musique, elle ajoute le rêve.  Un coup de pinceau à la fois, elle entre dans sa bulle de bien-être.  Elle oublie que son corps bouge.  D’un coup de pinceau à l’autre, elle se laisse bercer au son des mots légers qui voltigent dans sa tête.  Elle rêve aux couleurs profondes de sa vie et pense à ce texte qu’elle écrira demain… 

Esprit libéré du pinceau
Esprit libéré d’un boulot
Enfin, toute aux mots
Enfin, toute à sa rêverie
Demain, elle écrira la vie

marilau

 

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 Ma poupée

Toi, ma poupée.  Toi, ma Lilly à venir.  Toi qui vient de loin.  De l’autre côté de la terre. Toi qui ne sait pas que bientôt, tu viendras nous rejoindre. 

Lilly, ma poupée.  Mes petits yeux bridés.  Lilly la jolie qui a déjà conquis le cœur de ta maman, de ton papa …et de ta mamie.  Tu n’auras pas les joues roses de ta mère.  Tu n’auras pas le teint roux de ton père.  Ton visage sera à toi.  Ton caractère sera le tien. 

Après toutes ces années de tentatives, d’attentes et de déceptions, enfin nous t’accueillerons.  Le chemin à prendre pour que tu naisses à nous est différent.  Ta délivrance est aussi la nôtre. 

Lilly, ma poupée.  Nos bras sont ouverts, nos mains tendues.  Nous te montrerons la vie, nous t’apporterons l’amour. Nous guiderons tes pas, nous t’enseignerons nos mots.  Tu diras notre langue et tu vivras notre culture. Tu souriras notre tendresse et tu riras nos folies. 

Lilly, ma poupée.  Je t’imagine déjà.  Je t’aime déjà.  

J’ai hâte que tu sois avec nous, ma petite chinoise d’amour...

 marilau

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(S')anéanti(r)

Un jeune homme s’enlève la vie. 

Images bouleversantes… Pensées émouvantes…

Le père qui prend le visage de son fils dans ses mains et qui sanglote... visage chaud de la colère contre visage froid de la mort.  La mère qui a découvert son fils mort et qui dit sa hâte d'oublier cette image sans savoir encore qu'elle ne l'oubliera jamais.  Le frère qui se promène les yeux à demi-fermés pour absorber cette nouvelle douleur qu'il devra apprivoiser.  La moto de l'ami qui hurle sa plainte en suivant le cercueil de ce jeune qui a refusé cette vie qu'on lui avait donnée.  La soeur qui murmure en chaire le calvaire du mal de vivre de son frère.  La mélodie poignante de Like a song de U2 qui résonne dans une église trop grande et trop froide.  Et le père dans un excès de rage, qui donne un coup de poing sur le cercueil avant de laisser le corps de son fils disparaître dans ce trou qui l'accueillera pour toujours... 

Il ne savait pas se donner le droit à la vie donc à l'effort.  Il ne savait pas se donner le droit à la vie donc à l'erreur.  Il ne savait pas se donner le droit à la vie donc au manque.  Il ne savait pas se donner le droit à la vie donc à l'imparfait.  Il ne savait pas se donner le droit à la vie…il s’est donné le droit de cesser de supporter l'insupportable. 

Ceux qui l'ont aimé devront apprendre à vivre avec leur questionnement, leur peine, leur colère et leur culpabilité de ne pas avoir su ou de ne pas avoir pu.  Ils devront apprendre à vivre avec ce trou au coeur et cette pesanteur sur les épaules.  La pesanteur du vide...

Mais il y le temps.  Cet ennemi quand tout va bien se transforme en allié lorsque la vie devient malheur. 

Puisse la mort de ceux qui ont choisi de partir aide ceux qui les ont aimés à mieux vivre…

marilau

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En avril 2005, La Presse a publié une série d’articles intitulé La rage à l’aréna concernant ces parents et ces entraîneurs qui perdent les pédales dans des matchs de hockey mineur.  Problème récurrent…malheureusement.  

L’histoire de Samuel 

Samuel a 9 ans.  À tous les samedis matin, Samuel et son papa se rendent à l'aréna du quartier  pour la pratique de hockey de Samuel.  Depuis qu'il est tout petit, le hockey fait partie de sa vie parce que le papa de Samuel est un fanatique de hockey. Chaque fois qu'une joute est retransmise à la télévision, le papa de Samuel écoute religieusement et passionnément les hauts et les bas de son équipe favorite.  Avant de commencer à jouer dans une vraie ligue, c’était un des grands plaisirs dans la vie de Samuel de regarder une partie de hockey avec son papa.  Parce que son papa lui parlait, lui expliquait, lui enseignait, lui communiquait son amour du jeu et finalement parce que son papa était avec lui et que Samuel aime son papa. 

Mais voilà.  Le papa de Samuel est un ex-joueur des mineurs frustré.  Frustré de ne pas avoir « fait les grandes ligues », frustré de voir son équipe s'enliser dans les bas-fonds et rater les séries d'année en année et maintenant, frustré d’être privé de son sport préféré depuis quelques mois à cause « d’une gang de millionnaires pourris par l’argent ». 

Le papa de Samuel avait bien hâte que son fils commence à jouer « pour vrai ».  Il était sûr et certain qu'en digne fils d'un ex-joueur des mineurs et d'un passionné de hockey comme lui qui connaissait tous les rouages, tous les trucs, tous les jeux et toutes les stratégies possibles, il ne pouvait que briller sur la glace et devenir LA prochaine GRANDE vedette de la ligue nationale.  Le prochain Guy Lafleur qui sauverait la face de ce club qui ne cesse de crouler vers des abîmes de plus en plus profonds. 

Mais voilà.  Samuel ne réussit pas.  Oh ! il se tient assez bien sur patins et il réussit à toucher la rondelle de temps en temps mais il ne compte pas beaucoup de buts... Pour un joueur de centre de 9 ans et surtout pour Samuel qui voudrait tant faire plaisir à son papa, c'est catastrophique. 

C'est catastrophique parce que son papa n'a de cesse que Samuel soit le meilleur.  Parce que son papa le harcèle, lui crie après pendant les parties, fait la moue après la joute et n'ouvre pas la bouche lors du retour à la maison. Maintenant, Samuel n’a plus hâte de regarder les parties de hockey avec son papa parce qu'il ne trouve plus de plaisir à s'asseoir près de lui.  Parce que son papa ne peut s'empêcher de lui montrer sa déception et de lui répéter que « s'il se tenait au bon endroit, au bon moment, c'est sûr mon gars que le puck y rentrerait dans le filet... ». 

Samuel voudrait tant faire plaisir à son papa.
Samuel se sent coupable.
Samuel est malheureux. 

marilau

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L’héritage

Il était une fois un splendide et gentil poupon qui fit son apparition dans la vie de papa ORGUEIL et de maman VANITÉ.  Penchés sur le berceau de leur nouveau bébé, les heureux parents, fiers comme deux paons, admiraient ce petit être absolument parfait qu'ils avaient mis au monde.

Au moment de choisir le prénom de leur rejeton chéri, papa ORGUEIL et maman VANITÉ se trouvèrent bien embêtés.  Ils passèrent en revue tous les prénoms qu'ils connaissaient de A à Z mais rien n'y fit. Aucun prénom ne leur semblait digne de leur petite merveille.  Soudain, au-dessus du couffin apparut dans un bruissement de voiles, la fée ARROGANCE.  Elle murmura ces quelques mots qui changea la vie de l'enfant à tout jamais : "Si vous prénommez votre enfant PRÉTENTION, je lui ferai cadeau d'un pouvoir. Vous avez le choix... Si vous décidez de lui donner un autre prénom, il n'aura comme pouvoir que ce qui est inné en lui. Mais si vous décidez de le prénommer PRÉTENTION, le pouvoir qu'il recevra en cadeau sera tellement grand que nul ne pourra lui résister."  Et la fée ARROGANCE disparut comme elle était venue…

Papa ORGUEIL et maman VANITÉ se regardèrent ahuris et, dans un accord parfait, arborèrent un grand sourire.   PRÉTENTION !  Mais quelle bonne idée ! Mais comment n'y avaient-ils pas pensé plus tôt !  Et en plus du cadeau d'un prénom aussi approprié, bébé PRÉTENTION hériterait d'un pouvoir qui lui permettrait d'avoir le monde à ses pieds ! Quel bonheur !!!  Papa ORGUEIL et maman VANITÉ étaient soulagés d’avoir enfin trouvé un prénom digne de leur splendeur grâce à la fée ARROGANCE…

Les années passèrent. Papa ORGUEIL et maman VANITÉ cherchèrent longtemps à travers le comportement de PRÉTENTION, le pouvoir que la fée ARROGANCE avait promis de lui donner en cadeau. Leur enfant était à leurs yeux, le plus beau, le plus doué et le plus brillant des enfants de sa génération mais ils ne voyaient pas de quel pouvoir particulier la fée l'avait doté. Il est vrai que PRÉTENTION n’avait pas d’amis et que tous ceux qui l’approchaient devenaient instantanément pédants et hautains, mais les parents de PRÉTENTION expliquaient cette situation par le fait que leur enfant se situait bien au-dessus de toute cette racaille méprisable.

Voici un exemple qui illustre bien le don reçu par PRÉTENTION à sa naissance, cadeau de la fée ARROGANCE et de ses parents ORGUEIL et VANITÉ.  Un beau jour, PRÉTENTION sortit d'un immeuble et fonça droit devant, le nez en l’air comme d'habitude.  PRÉTENTION ne vit pas  quelqu'un qui rentrait à la maison après une dure journée de labeur.  Quelqu'un arrêta net son élan ce qui eu pour effet de lui faire perdre l'équilibre. Pour éviter la chute, il s'agrippa à PRÉTENTION qui lui jeta un regard condescendant et qui se dégagea prestement pour continuer sa route. Ébranlé, quelqu'un reprit ses esprits et ressentit un malaise qu'il attribua au choc de la collision.  Hélas depuis ce temps, quelqu'un est sous le pouvoir maléfique de PRÉTENTION.  Il voudrait bien s'en défaire et ne plus avoir à traîner ce poids qui devient de plus en plus lourd. Mais le pouvoir de PRÉTENTION est tel que toute tentative pour y échapper est vouée à l'échec. Toute sa vie, quelqu'un sera sous le joug de PRÉTENTION.  Toute sa vie, quelqu'un vivra avec dédain et complaisance. Toute sa vie, quelqu'un montrera ses crocs à qui l’approchera…

Ainsi est l’héritage des parents
Qui de leurs enfants font des rois
Par l’exemple des comportements
Pour toute la vie on porte en soi

Texte de marilau inspiré du personnage PRÉTENTION créé par nonise

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« Il chantait les aspects des paysages selon les saisons ; il chantait les êtres qu’ombrage le mont témoin de son enfance et de sa jeunesse ; il disait la vaillance et la foi des ancêtres, les angoisses du présent, les problèmes de l’hérédité, du tiraillement de l’âme de ses rudes compatriotes. »
Alfred Desrochers, Œuvre poétiques, Montréal, Fides, 1977. 

Lettre à un père inconnu 

Que chantais-tu toi ce père que je n’ai pas connu ? Quelle était ta mélodie de vie? Toi papa, mort au temps de l’enfance où une petite fille affirme sa féminité dans les yeux de ce premier homme aimé.  Toujours et à jamais aimé… Toujours et à jamais désiré… Toujours et à jamais recherché... Ce mot PAPA qui a si peu franchi mes lèvres et qui a si peu marqué mes souvenirs.  Qui serais-je si je t’avais connu ?  Peut-être une autre quête que celle de l’inaccessible qui est encore et toujours la mienne.  

Tes yeux… Comment étaient tes yeux ?  Quel regard portais-tu sur ta vie ? Sur ton époque ?  Je les imagine perçants, curieux, insistants.  Ta voix… Quelle sonorité avait ta voix ?  Je l’imagine grave avec des mots choisis.  Je l’imagine rauque avec des mots profonds.  Tes mains…  Quelle chaleur avaient tes mains ? Je les imagine grandes, fortes, rassurantes, apaisantes.   Qui étais-tu ? 

Tu es mort géant dans mon cœur.  Entouré de mystère et nimbé de perfection.  Je te cherche dans tous les hommes aimés.  Celui qui s’éloigne m’attire.  Celui qui s’absente me hante. Je pense à lui.  Je me languis de sa présence.  Je souffre de ses silences… 

Toute ma vie, j’attendrai ton retour.  Toute ma vie, je chercherai ton amour. 

Je suis marquée à jamais par ton départ.  Une journée, j’étais blottie dans tes bras.  Le lendemain, tu n’étais plus là.  Trou au cœur…  

«…les angoisses du présent…du tiraillement de l’âme…».  Quelles étaient tes angoisses, papa ?  Quels étaient tes tourments ?  Et ta joie ?  Où trouvais-tu ta joie ?  Dis-moi ? 

Le tiraillement de mon âme a un nom : le tien. 

Hier, aujourd’hui et pour toujours… 

marilau
 

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Belle, articulée et majestueuse 

L'univers de mon enfance a été marqué par une éducation monoparentale.  Pour la petite fille que j’étais, ma mère était l’unique représentante de l'autorité, de l'exemple et du modèle à suivre.  Elle me parlait peu, trop occupée à travailler pour gagner sa vie et la vie de sa ribambelle d'enfants.  Trop occupée à nettoyer, nourrir et organiser le quotidien de tous et chacun.  Trop occupée à faire son devoir comme on le lui avait appris.  Je l'admirais à distance… 

Belle…

Dans le village de mon enfance, je suis assise sur un parapet qui longe la rue où j’habite.  Je vois venir au loin une femme habillée de la couleur du deuil.  Elle marche tranquillement, trop tranquillement, le regard perdu dans ses pensées.  Son travail terminé, elle rentre chez elle pour entamer la deuxième partie de sa journée.  Je la regarde à son insu et je la trouve triste et belle.  Arrivée à quelques pas de moi, elle remarque ma présence et me tend la main.  Je blottis ma petite menotte dans la chaleur de ma mère.  Je vois encore sa main aux longs doigts fins...

Articulée…

J'avais la fascination de son discours.  Ce don qu'elle possédait pour raconter quelque anecdote familiale. Ces mots qui sortaient en pétarade et tout en inflexions. Les souvenirs qui émergeaient de sa mémoire la faisaient rire ou s'attendrir.  Ma mère possédait un don de conteuse mêlé à un talent de comédienne qui n'a jamais été exploité.  Elle avait un souvenir vif des détails de son passé qu’elle nous relatait à répétition sans se lasser.  J’entends encore sa voix me raconter...

Majestueuse…

Grande et élégante… Assise près de ma mère dans un banc d'église, je caresse la manche de son manteau de fourrure qui change de couleur au gré du va et vient de ma main.  Coiffée d'un chapeau extravagant à mes yeux d'enfant, ma mère avait fière allure.  Déguisée et imposante… Majestueuse costumée en statue de la liberté ou effrayante maquillée en punk, une douce folie l'habitait.  Avec l'intention d'animer et de faire rire, elle aimait tenir le haut du pavé et être le centre d'attraction entourée des siens.  Je m'inspire encore de sa témérité…

J'ai connu l’épouse éplorée, la mère dévouée, la vieillarde effrayée.  Façonnée par son époque et son éducation, je sais son sens du devoir, ses valeurs reçues et sa peur de l'inconnu.   Mais j’ai peu connu la femme... Sa créativité et son essence profonde... Il m’aurait fallu plus de temps pour encore l’apprendre... Pour mieux la comprendre… Pour encore mieux l’aimer…

 Toujours en moi précieuse
Ma mère…
Belle, articulée et majestueuse

marilau

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Souffle au cœur 

Elle ne sait pas pourquoi il est venu vers elle.  Elle l’a reçu comme une bouffée d’espoir...  Espoir de passion brûlante, d’amour partagé, d’amitié confiante...  Espoir de rencontrer l’autre bien dans sa vie.  L’autre qui deviendrait chaleur d’un jour pour mieux habiter la semaine.  Elle imaginait les activités improvisées, les discussions animées, les soirées théâtre, les après-midi cinéma.  Elle rêvait de tête-à-tête pour la discussion, de musique pour la séduction, de chandelles pour la passion…  

Il lui a dit « affinités ».  Elle lui a dit «attirance ».  Elle était femme de mots mais en sa présence, elle respectait ses silences.  Elle suivait le rythme de sa cadence.  Le temps d’un été, elle a cru à la romance.  À la dernière rencontre, il lui a dit son plaisir de la soirée passée ensemble.  Blues au cœur… Puis, le silence est devenu plus lourd que l’absence.  Si lourd le silence de l’attente. Les mots bloqués à mi-parcours de l’aller-retour.  Mutisme…  Incompréhension…  

Elle n’a rien su de lui.  Ses questionnements resteront sans réponse. Qui était-il ?   Qu’espérait-il ?   Quelles étaient ses souffrances ?  Ses espérances ?  Mystère plus opaque que la nuit.  Paroles échangées plus légères que les feuilles d’automne.  Cet automne qui a fait fuir le rêve.     

Elle n’a pas su pourquoi il est venu vers elle.  Elle ne saura jamais pourquoi il est reparti.   

Bouffée d’espoir...
Soupir secret...
Courant d’air...
Souffle au cœur...

"C'est par le murmure que l'étang devient une prison pour le fleuve." Jacques Brel

marilau

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La première neige 

Il neige en cette belle matinée d’hiver.  Une poussière de neige légère qui virevolte dans l’air et se laisse porter par le souffle du vent.  Une neige immaculée comme tout ce temps devant nous qui n'a pas encore été vécu, qui n'a pas encore été coloré.  Comme la toile blanche du peintre avant qu'il ne fixe une image qui viendra la situer et la définir.   

J’aime l’hiver. J'aime la lumière à l’intérieur quand tout est blanc à l’extérieur.  J'aime me terrer dans mon cocon les pieds bien au chaud quand dehors siffle le vent d’hiver. Je me sens comme une ourse en hibernation à l’intérieur de sa tanière confortable. 

J’aime l’hiver.  J’aime la promenade après la tempête quand le calme est revenu et que plus rien ne bouge.  J'aime la pureté de l’air et le froid piquant sur les joues, bien emmitouflée dans mes vêtements chauds.  J’aime chausser les raquettes et me promener dans la nature, heureuse d’accompagner ces milliers de flocons qui s’épuisent autour de moi. 

Lorsque j'étais enfant, la première neige signifiait de nouveaux bonheurs pour les mois à venir.  Les mains de ma maman couveuse qui boutonnait mon manteau, enfonçait ma tuque sur mes yeux, nouait mon foulard sur mon nez, poussait fort sur mes bottes en caoutchouc avec l’attache sur le côté et enfilait mes mitaines jusqu’au-dessus des manches de mon manteau…  La petite boule de neige que nous roulions pour en faire un gros bonhomme joyeux avec son sourire caillou et son nez carotte...  La traîne sauvage où nous nous entassions pour dévaler les pentes pendant des heures...  Ces grands rectangles blancs de neige épaisse et moelleuse qui séparaient les rangées de maisons tels d'immenses morceaux d’ouate dans un écrin d'objets précieux...  Le goût de cette neige pure que je dégustais tout le long du chemin que j'empruntais pour me rendre à l'école...  Cette effervescence qui animait professeurs et élèves d'un souffle nouveau...  Et surtout, le bonheur de me sentir en sécurité dans la maison avec toute ma famille quand la nature se déchaînait à l’extérieur. 

Il neige en cette belle matinée d’hiver.  De gros flocons s’écrasent sur les arbres et recouvrent d’un épais manteau tout ce qui est au sol.   Dans quelques heures, les amateurs de sports d’hiver s’en donneront à cœur joie et les joues des petits et des grands rougiront de plaisir. 

Le nez à ma fenêtre je regarde tomber la neige et pendant un bref moment, je retrouve l’émotion des bonheurs anticipés de mon enfance.  Car le secret de toute cette neige qui tombe du ciel n’est-il pas dans l’émerveillement de voir ressurgir pour quelques instants le petit enfant en soi ?

marilau

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Un conte de Noël 

Léo a 72 ans et il est triste. Pour la première fois de sa vie, il est seul en cette journée de Noël.  Sa femme est décédée il y a quelques mois et son fils vit à l’autre bout de la planète.  Benjamin de sa famille, Léo n’a plus ni frère, ni sœur et ses neveux et nièces ne se préoccupent pas de cet oncle qu’ils connaissent peu.  Jamais il n’aurait pensé survivre à sa compagne de vie.  Pendant plus de 45 ans, ils ont tout partagé.  Les inévitables désillusions de la passion qui s’use et l’incomparable réconfort de la tendresse qui s’installe.  Ils ont vécu quelquefois le pardon mais toujours l’amour… Depuis quelques années, ils s’étaient installés dans une routine confortable fait de petits gestes anodins qui ne deviennent importants que lorsqu’ils ne se vivent plus.  Léo habite toujours la maison qu’il a partagée avec sa femme.  Sa santé est bonne et il ne se résout pas à tout vendre pour déménager dans un de ces centres pour personnes âgées.  Léo se sent jeune.  Dans sa tête, il a toujours 50 ans… 

En cet après-midi du 25 décembre, Léo est soulagé de ne pas voir la neige tomber.  Le temps gris et le paysage morne accompagneront sa mélancolie lors de sa marche quotidienne dans les rues de son quartier.  Comme d’habitude, le trajet de Léo l’amène devant la devanture du restaurant Chez Pauline.  Dans cet endroit devenu familier depuis qu’il est seul, Léo retrouve chaleur et  humanité dans les yeux de la propriétaire des lieux.  Pauline est depuis des années l’hôtesse de ce charmant restaurant situé tout près d’une jolie rivière.  Quand Léo recherche compagnie et réconfort, il va Chez Pauline non pas uniquement pour la qualité de la nourriture et le pittoresque de ce petit resto sympathique, mais surtout pour l’assurance de retrouver le sourire de son hôtesse. 

À plusieurs reprises depuis quelques mois, Léo s’est demandé si Pauline connaît le pouvoir de son sourire sur les estropiés de la vie qui fréquentent son restaurant.  Pauline est heureuse d’accueillir, empressée de servir et offre une oreille attentive aux moindres petits propos.  Elle écoute, la main posée sur l’épaule et lève un sourcil d’étonnement aux nouvelles qu’on lui donne.  Elle est là, présente et accessible.  Tous les visages qui tissent la toile de ses jours sont beaucoup plus pour Pauline que de simples clients.  Ils sont l’autre.  Elle leur transmet sa joie de vivre sans réserve et leur apporte nourriture et rayon de soleil.  Elle rayonne et réchauffe.  Elle ne connaît pas l’indifférence et ne fait aucune différence.  Elle nourrit le corps et le cœur.  Pauline fait du bien...   

En ce jour de Noël, Léo est certain de trouver le restaurant de Pauline fermé. Quelle n’est pas sa surprise d’apercevoir au loin la vitrine toute illuminée et des ombres bouger à l’intérieur.  Il s’approche et ouvre tout doucement la porte de l’établissement.  Pauline est là… Elle avance tous sourires, lui souhaite un Joyeux Noël, prend son manteau et lui offre une chaise.  Chaleureuse Pauline…  C’est à ce moment-là que Léo s’aperçoit que les tables ne sont pas disposées comme d’habitude et que tous les gens présents semblent bien se connaître.  Léo s’informe.  Il n’a pas vu l’écriteau Fermé sur la porte.  Pauline a réservé le restaurant pour les membres de sa famille mais n’a pas verrouillée.  Accueillante Pauline…  Elle se doutait qu’il y aurait une possibilité que ses habitués solitaires viennent vers elle.  Elle a gardé sa porte et son cœur ouverts.  Unique Pauline… 

Léo ne sera pas seul en cette journée de Noël. Chez Pauline n’est pas uniquement une nécessité pour sa propriétaire mais un prétexte pour accueillir les écorchés vifs et réchauffer et les cœurs solitaires. 

Le sait-elle Pauline, le pouvoir de son sourire ? 

Je souhaite à tous ceux et celles qui seront seul(e)s la journée de Noël
 de connaître une Pauline et d’avoir le courage de frapper à sa porte…
Elle vous ouvrira… 

Joyeux Noël !

marilau

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L'harmonie du battement des coeurs 

Depuis que ma fille a exprimé le désir d'avoir un enfant, je t'ai espérée toi ma petite-fille... J'ai essayé de mon mieux d'être présente dans toutes ces tentatives infructueuses afin que ta maman puisse porter dans son ventre cet enfant quelle désirait tant.  Il y a eu beaucoup de pleurs et de déceptions avant que ton papa et ta maman prennent la décision d'aller te chercher à l'autre bout du monde...  Les mois s'additionnaient et devenaient des années où l'attente de ce qui vient de soi a laissé la place à l'attente de ce qui vient d'ailleurs.  Dès l'instant où j'ai su que ta maman était "enceinte" de toi, je t'ai aimée.  J'ai d'abord aimé l'idée que j'avais de toi, puis j'ai aimé ces quelques photos prises dans un orphelinat lointain vite usées de trop de regards.  Ton joli minois a orné la cime de mon petit arbre de Noël tout illuminé de rouge comme la couleur de ce pays qui t'a vue naître.  Ensuite, il y a eu l'anxiété et la fébrilité du départ.  Ce long voyage vers toi... Cet immense privilège pour la mamie que je suis... Quelque part dans cet avion, le temps s'est accéléré pour aller plus vite à ta rencontre.

Dans l'autobus qui nous menait vers le Centre d’Adoption, notre guide chinois prodiguait ses conseils aux futurs parents.  Il expliquait l'importance d'utiliser le porte-bébé plutôt que la poussette pour favoriser l'harmonie du battement des coeurs... Il nous a aussi appris que ton nom chinois voulait dire Faveur.  Ta maman était émue...  Tout autour de nous n'était qu'émotion... Et lorsque nous nous sommes retrouvées dans la salle d'attente, tes parents assis et moi debout, ta maman et moi avons échangé un long regard d’incrédulité face à ce moment enfin arrivé... 

Et puis très vite, on a nommé le prénom de tes parents et tu étais là...  Tout de suite, tu t'es insérée entre ta maman et ton papa.  Tu étais le puzzle qui manquait à leur vie.  Tu les as regardés à tour de rôle de tes grands yeux profonds.  Je te rassure, tu as de bons parents.  Et autour d'eux, une belle grande famille qui t'aimera comme tes parents ont été aimés.   

Depuis que tu es là, le bonheur s'est installé...  Tu nous offres ton grand sourire et tes yeux curieux.  Ta maman dit que le bridé de tes yeux sert de rigoles à tes larmes.  Tout de suite il y a eu une connexion d'amour entre ton papa, ta maman et toi.. Que tu sois adoptée ne change rien... Tu es tes parents… Tu es nous… Tout de suite, nous avons été conquis par ton sourire, ta personnalité, ton regard et tes mimiques.  C'était inévitable que tu sois avec nous.  Que tu sois l'une de nous...

Je retranscris ici les quelques mots que j’ai fait parvenir à la famille et aux amis, le lendemain de la journée où tu es née à nous. 

Que vous dire !
Qu'elle est belle...
Qu'elle est éveillée...
Qu'elle est curieuse...
Qu'elle est adorable...
Qu’elle suscite autour d’elle beauté et pureté...
Que je suis conquise...
Qu’il est impossible de lui résister…
Que je suis émue à toutes les fois que je la regarde
et je la regarde souvent...
Que de voir ma fille comblée et heureuse est un grand bonheur...
Que j’ai devant les yeux un trio d'amour beau à voir...
Que je suis privilégiée de vivre cette merveilleuse aventure avec eux...
Q
ue le miracle de la naissance opère toujours : 
l
e moindre petit sourire, le moindre son ou encore un simple haussement de sourcil et nous voilà tout attentif, tout ébahi, tout émerveillé devant ce commencement de bout de vie...
 devant ce qui sera une évolution à suivre, à observer, à guider et à aimer...
 

Est-ce possible que déjà tu nous enseignes la résilience ?  Cette capacité de rebondir et de faire face à une difficulté ou à un stress important de façon efficace?  Tu as vécu plus de neuf mois en orphelinat et depuis, tu abordes ta nouvelle vie avec, je dirais, sérénité.  Tu réagis quelques fois avec force aux événements ou aux situations qui ne te plaisent pas mais très vite, tu retrouves ta joie de vivre.  Tu es un modèle de confiance en la vie... 

Je ne suis pas la première à être mamie mais pour moi,
c'est la première fois.
Je suis et je serai constamment émerveillée et reconnaissante
lorsque mon regard se posera sur toi.


Je remercie la femme qui t'a mise au monde
 et les circonstances qui ont permis que tu viennes à nous.

Je remercie la chance que le jumelage avec tes parents soit si parfait.
Je remercie la vie toujours et encore pour cet autre bonheur
 qu'elle me permet de vivre. 

Un enfant apprend beaucoup par le regard qu'il porte sur les autres...
Faveur, petite perle de Chine toute précieuse...
J'espère que tu conserveras toujours ce regard pétillant
 sur la vie qui t'entoure...

Je... t'aime !

marilau

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Comme deux poissons dans l'eau

« Aquarium ! », suggéra-t-il.  Dubitative, elle le regarda.  Pas certaine qu’elle était de vouloir s’occuper de petits poissons exotiques qui n’auront de cesse de les observer toute la journée, la bouche ouverte et l’œil glauque.  « C’est l’endroit idéal » continua-t-il en désignant le meuble tout au bout du couloir.  « Ça manque de vie dans cette maison.  Un chat, c’est trop collant, un chien trop encombrant, pourquoi pas quelques poissons pour la couleur et pour le mouvement ? »  À contrecœur, elle acquiesça.  Elle ne pouvait rien lui refuser.  Il était son amour et depuis peu, son tout jeune mari.  Première maison d’une première vie à deux pleine de rêves et de soleils…  Elle accepta d’aller avec lui acheter cet aquarium mais uniquement pour lui faire plaisir.  Presque aussitôt, il dénichèrent ce qu’ils cherchaient.  Un aquarium en forme de grosse coupe à cognac avec comme couvert, une coquille jaune et son ampoule.  Vite ! on achète le kit au complet : filtreur, décorations, roches de fond, vidangeur et deux petits poissons de couleur…

Revenus à la maison, il lui demanda de ne pas assister au montage et au remplissage de l’aquarium pour qu’elle puisse mieux juger de l’effet lorsque le tout serait en place.  Il voulait lui prouver ainsi que son idée était bonne et qu’il avait eu raison.  Il se mit donc à l’ouvrage et quelques minutes plus tard, la grosse coupe de cognac était devenue le plus bel habitacle qui pouvait exister pour accueillir ses premiers occupants.  Et hop ! les deux petits poissons de couleur abandonnèrent leur sac de plastique temporaire et nagèrent à la découverte de leur nouvel univers…

Il contempla le tout et, satisfait, alla la chercher à la cuisine, lui prit la main, lui demanda de fermer les yeux et l’amena près du meuble tout au bout du couloir où trônait maintenant la fameuse coupe de cognac-aquarium.  « Tu peux ouvrir les yeux », dit-il enjoué !  Elle les ouvrit et s’exclama : « C’est magnifique ! »  Oui, c’était vivant.  Oui, il avait eu raison…  Mais ce qu’elle ressentait à cet instant même n’était pas uniquement le ravissement devant cette coupe devenue un aquarium de couleurs, ce qu’elle ressentait à cet instant même, c’était un immense élan d’amour vers cet homme qu’elle avait choisi.  Elle le regarda attendrie et lui sourit…

À cet instant même, l’amour a englouti les mots…
À cet instant même, ils se sentaient comme deux poissons dans l’eau…

La morale de cette  histoire : Quand un amour ou un(e) ami(e) n’est plus dans ta vie, souviens-toi non pas du moment où l’aquarium de couleurs s’est brisé en mille éclats, mais plutôt de l’instant même où côte à côte, vous l’avez admiré ensemble pour la première fois…

marilau

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De plus en plus 

Son quotidien est fait de petits gestes qui constituent la trame difficile de sa journée.  Aussitôt les yeux ouverts, elle économise ses faibles forces en prévision d’une autre longue journée à vivre.   Depuis que son corps usé ne lui obéit plus, depuis que son corps fatigué ne l’écoute plus, chaque jour est un défi.  Un everest quotidien...

Elle pose un à un ses pieds sur le petit tapis qui longe son lit et aidée de ses deux mains, se lève lourdement.  Pesamment.  Son corps répond de moins en moins à sa volonté.  De plus en plus difficile de faire sa toilette, de s’habiller et de se rendre à la salle à manger de la résidence où elle demeure, soutenue par cette marchette qui ne la quitte plus.  Elle n’accepte pas ce corps lourd qui l’encombre et l’empêche d’être ce qu’elle est.  Qui l’empêche de vivre ce qu’elle veut.  L'âme ne vieillit pas au même rythme que le corps.  Elle aurait encore tant à lire, tant à apprendre, tant à comprendre, tant à vivre.  Entre chaque effort, elle se repose.  Entre chaque effort, elle se décourage.  Encore la semaine dernière, son corps lui a envoyé un autre signe de déchéance.  Sa vue faiblit au point où elle a maintenant besoin d’une loupe pour lire les petits caractères de son journal quotidien.  Un autre rendez-vous à prendre.  Sa vie n’est plus que visites chez son médecin ou chez un quelconque spécialiste.  Et à chaque fois, elle doit demander à sa fille de l'accompagner.  Elle n’aime pas mais comment faire autrement ?  Toute sa vie, elle s'est fait un point d'honneur d'être autonome en tout.  On admirait sa personnalité indépendante et libre.  Maintenant, elle pratique l’humilité de demander.  Elle se retient pour ne pas trop remercier.  C’est sa façon à elle de garder sa dignité.  C’est sa façon à elle de croire que l’irréversible ne le sera pas.   Chaque jour, son corps lui donne de plus en plus des signes de déchéance.  Chaque jour, la vie est de plus en plus amère.  De moins en moins de jours de répit...

Aujourd’hui, elle se dit que de mourir ainsi à petits deuils, de perdre peu à peu la qualité d'une vie qui fuit, elle se dit que c’est bien.  Elle se dit que l'idée de sa mort prochaine sera de moins en moins effrayante.  De plus en plus délivrance.  De plus en plus espérance. 

Le corps, son ennemi...
Le temps, son allié...
De plus en plus...

marilau

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Immobile 

Je suis là, immobile, à goûter pleinement des instants de bien-être...  Une musique relaxante flotte autour de moi et j’entends le pas feutré de celle qui m’a enveloppée d’une douce couverture chaude après m’avoir enfilé les longues bottes gonflantes requises pour cette séance de pressothérapie.  Un puits de lumière laisse percer un rayon de soleil dont le bout de la flamme me caresse la joue…

La journée fut exquise…  Elle a débuté par un petit déjeuner-santé servi dans la salle à manger qui réunissait des curistes, tous bien emmitouflés dans leur peignoir confortable.  Sourires timides, conversations à bâtons rompus, amabilité du personnel… Heureux préludes aux soins à venir.

Premier traitement, l’enveloppement aux algues.  Confort et chaleur d’un cocon douillet.  Pensées qui disparaissent peu à peu pour réapparaître plus étincelantes, enrobées de la douce luminosité d’un rai de lumière.  Puis, perte de conscience jusqu’au moment où la préposée revient sur la pointe des pieds pour me ramener à une moelleuse réalité.

Du calme des algues, on passe au vacarme du bain hydromasseur.  Jets puissants pour réveiller et revigorer.  Bouillonnement aux huiles essentielles pour stimuler les sens et favoriser le réveil.

En sortant du bain, quatre mains expertes me prennent en charge pour un massage divin.  Bonheur de livrer ainsi son corps à des bras tentaculaires et de s’abandonner sans réserve à la délivrance des points de tension et à la libération des muscles endoloris.  Moments de pure extase à flotter dans un semi-coma, partagée entre le plaisir du moment présent et le regret du temps qui fuit.

Demain, les délices d'un massage sous la pluie.  Bruit de l’eau sur la peau… L’impression d'échouer sous les gouttelettes d'une chute, les yeux fermés, à se faire dorloter. 

Et d’autres jours à venir pour profiter encore des douceurs de la cure, des soins esthétiques, de la piscine à l'eau de mer chauffée et de quelques bonnes lectures...

Séjour au paradis
Toujours réussi
Dès l’aurore
Soins du corps
Journées de silence
Moments d’absence
Repas savourés
Énergie retrouvée 

Pour flotter entre ciel et terre
À Carleton au Centre Aqua-Mer

marilau

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La mer 

Au petit matin, la mer a abandonné la grève et j’erre seule, cherchant malgré moi, parmi cet amas de roches, ma vie que j’ai perdue.

Où suis-je ? Nulle part.
Que fais-je ? Rien.
Où vais-je ?  Je ne sais plus.

Devant la mer, je vois une immense terre de roc et de grisaille opaque, comme la longue cape noire qui m’enveloppe.  J’ai voulu m’éloigner de tous mes repères et j’ai choisi la mer pour retrouver ma terre.  J’ai voulu fuir ce qui me faisait mal mais la blessure me poursuit implacable.  Mon cœur saigne de l’amour qui n’est plus.  Je lève les yeux et je regarde au loin.  Ma ligne d’horizon se perd dans le brouillard du matin.  Je ne la vois plus.  Je resserre mon col.  J’ai froid, je suis transie.  Le vent vif de l’automne aide mes yeux à laisser échapper ses larmes...

Personne ne me délivrera de ma prison. Je suis enfermée à double tour, cadenassée à la beauté qui m’entoure.  Mes yeux sont tournés vers l’intérieur et mes poings fermés sur mon malheur.  Il n’est plus là pour me serrer dans ses bras.  J’ouvre ma main vide de sa main.  Cette voix chaude qui me faisait vibrer, murmure encore à mon oreille.  Je ferme les yeux et je penche un peu la tête pour garder captifs les mots dits au temps de l’amour.  Son prénom chuchoté tant de fois, résonne en moi comme une plainte lancinante. Je m’arrête et je respire pour dénouer l’angoisse, pour repousser l’abîme, pour retrouver le souffle.  Je suis seule avec la mer.  Solitude face à plus grand que soi.  Solitude devant le mystère.  Solitude devant les pourquoi.  Je dérive dans un non-lieu d’écume et de ressac.  Je laisse le bruit de la mer m’envahir et me transporter dans un va-et-vient réconfortant.  Je m’offre au vent du large et je m’abandonne au temps qui passe. 

Peu à peu, l’odeur de varech me ramène à la réalité.  Mes sens reprennent vie.  Le soleil se lève et redéfinit ma ligne d’horizon.  Je desserre les poings, j’entends la vague et je respire la mer… Je regarde le ciel et je peux enfin apercevoir un minuscule rayon de lumière au bout de mon âme…

Où suis-je ?  Ici.
Que fais-je ? Je vis.
Où vais-je ?  À ma rencontre…

marilau

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L’appel des mots

Soudain, un livre m’interpelle par sa jaquette rouge et son titre en lettres dorées.  L’attirance de l’éclat.  Je le prends, je lis le nom de l’auteur et le résumé de l’histoire sur la quatrième de couverture…  Inintéressant...  Preuve qu’il ne faut pas se fier aux apparences et que souvent, livres et humains se révèlent comme un trésor enfoui sous une enveloppe anonyme.

Je continue ma recherche dans les allées de la bibliothèque.  J’aime ce lieu.  Je me sens bien, entourée de tous ces livres.  J’aime leur odeur.  Je caresse le livre comme un objet précieux.  Avant de découvrir les mots, je tâte, je feuillette, j’effleure, j’anticipe.  Joie de la découverte d’un univers différent du mien.  Plaisir de la phrase qui s’installe, du mot qui arrête, de la pensée qui se reconnaît, de l’histoire qui captive et du rêve qui habite.

Quand j’étais toute petite, les premiers livres que j’ai lus ont été les aventures de Tintin.  Tintin le reporter qui m’a fait parcourir le monde et découvrir l’audace.  Plus tard à l’adolescence, j’ai dévoré la série des Sylvie qui comblait mes rêves de jeune fille en quête d’amour et d’identité.  Au fil des ans, mon éventail d’auteurs s’est diversifié et j’ai fait la connaissance des Marie Laberge, Françoise Giroud et autres auteurs français et québécois qui ont nourri mon intellect et alimenté mon imaginaire.

Cet amour des mots s’exprime aussi par ce besoin d’écrire que j’ai depuis toujours. Les mots écrits se révèlent successivement bouées de sauvetage, réponses aux questions et besoin de communication.  L’écriture console de l’amour blessé, explique l’amitié menacée et accompagne la paix retrouvée. 

Offrir à l’autre les mots qui m’animent est un geste de confiance livré dans un esprit de vulnérabilité et de doute.  J’écris parce que je recherche une certaine vérité pour mieux comprendre mes motivations et celles des gens et des événements qui m’intéressent. C’est aussi un besoin de  reconnaissance dans un partage que j’espère apprécié et réussi…

Lire ?  Cultiver ma réflexion, découvrir une pensée différente de la mienne, explorer une autre façon de vivre et me faire surprendre par une émotion nommée ou par une histoire racontée.

Écrire ?  L’obsession de trouver le mot exact pour traduire ma pensée, exprimer le résultat de mon observation ou l’évidence d'une émotion pour le seul besoin de comprendre et le pur plaisir de communiquer.

L’appel des mots ?  Un refuge contre l’ennui et une passion qui me nourrit…

marilau

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Elle tricotait

Elle tricotait le soir sous la lumière crue de la lampe, en se berçant tout doucement pour ne pas laisser échapper une maille de son tricot.   Elle tricotait serré, comme elle avait vécu.  Les lèvres pincées pour ne pas perdre une maille de sa vie, concentrée pour bien faire ce qu’on lui avait appris.  Au bout de chaque rang terminé, elle esquissait un léger sourire, heureuse de voir son ouvrage avancer.  De temps à autre, elle jetait un rapide coup d’œil sur le patron pour s’assurer que sa création ressemblait au modèle illustré sur le papier.  Quand par mégarde elle échappait une maille, elle s’empressait de corriger l’imparfait, satisfaite de refaire avec ses doigts ce qu’elle ne pourrait jamais refaire avec sa vie.  Elle travaillait minutieusement, avec application pour que les choses se fassent, car l’important pour elle était de voir les événements de sa vie maîtrisés comme ce besoin qu’elle avait de voir ses enfants se réaliser tel qu’elle l’avait imaginé…ou espéré.  Geste après geste, maille après maille, elle travaillait jusqu’à ce que la pièce soit terminée, jusqu’à ce que le devoir soit accompli.

Petite, je m’assoyais près d’elle pour observer le ballet de ses mains sur son tricot.  J’admirais ses longs doigts fins courir sur les aiguilles et qui ne s’arrêtaient que pour ponctuer une remarque ou tirer sur une laine emmêlée.  Parfois, elle fredonnait une chanson d’antan mais la plupart du temps, elle racontait un souvenir de sa vie passée en y insérant plein de détails comme elle seule savait le faire.  Les souvenirs affluaient alors au même rythme que la voltige des aiguilles sur son tricot.  J’aimais observer ses mains...  Elles représentaient chaleur, réconfort, habileté, force et courage.  Elles étaient ma maison, mon foyer, ma sécurité, là où j’aimais me retrouver.  Lorsque sa création était terminée, elle en recommençait une autre car elle ne connaissait pas l’oisiveté, toujours active comme la reine abeille dans sa ruche. Toutes ces heures où j’ai observé ma mère monter les milliers de mailles de tous ces ouvrages qu’elle a tricotés, ont tissé le canevas de certaines des valeurs qu’elle m’a léguées… La satisfaction du travail bien fait et l’importance de terminer ce que l’on a commencé. 

Et puis tranquillement, implacablement, sont arrivées les années où les mailles de sa vie ont filé une à une... Quand son corps n’a plus su, quand ses yeux n’ont plus vu, ses mains sont devenus inutiles… Elle n’a pas accepté…  C’est alors que le tricot de son existence s’est emmêlé à tout jamais sans qu’aucun de nous n’ait pu trouver la trame d’une fin de vie qui s’effiloche.  Car, malgré la patience et l’amour, l’ultime ouvrage de ma mère s’est terminé à l’envers… Dans la pénombre et la douleur… Sans guide et sans mode d’emploi…

marilau

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Une autre sorte de mère

Quelle drôle de mère c’était !  Je l’imagine encore entourée